Le Midi Libre - La 24 - Les coulisses de l’implication diplomatique des états-unis

Edition du 2 Fevrier 2019



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Venezuela
Les coulisses de l’implication diplomatique des états-unis
2 Fevrier 2019

"À suivre : importantes réactions, d’un moment à l’autre". Juan Guaido vient tout juste de s’autoproclamer président du Venezuela en ce 23 janvier et, déjà, le sénateur américain Marco Rubio laisse miroiter sur Twitter, le feu vert des Etats-Unis.

Le communiqué de Donald Trump tombe rapidement: "Je reconnais officiellementle président de l’Assemblée nationalevénézuélienne, Juan Guaido, commeprésident par intérim du Venezuela". Entout, vingt minutes à peine se sont écouléesentre l’annonce de Caracas et la réponse deWashington. Les Etats-Unis étaient donc prêts. Tout comme le Canada, le Brésil etles autres pays d’Amérique latine qui leuremboîtent le pas, renforçant l’impressiond’une étroite coordination pour chasser lesocialiste Nicolas Maduro du pouvoir. Dequoi alimenter les accusations qui fusentdans le camp Maduro contre un "coupd’Etat" fomenté par les Américains, dans uncontinent qui en a connu d’autres.Conscient de ce risque, Washington met enavant la "coalition" internationale, bâtiepour soutenir l’opposition vénézuélienne,assurant n’avoir fait qu’accompagner cettedernière.C’est "l’unité de l’opposition vénézuélienne"qui "a fait la différence",

martèlele nouvel émissaire américain pour leVenezuela, Elliott Abrams. "Ils se sont misensemble, ils ont pris les décisions!"Tout le monde s’accorde sur ce point:l’émergence du jeune Juan Guaido, jusquelàinconnu, a relancé une dynamique protestatairequi s’était essoufflée en 2018. "A un moment, on a risqué" d’avoir "uneCommunauté internationale mobiliséemais, personne dans la rue pour manifester", se souvient Fernando Cutz, encore récemment chargé de l’Amérique latine à la Maison Blanche, désormais membre du cabinet de conseil Cohen Group. "Déclic" le 10 janvier Pour un diplomate canadien, "le déclic aclairement été le 10 janvier", date de l’investitureNicolas Maduro pour un second mandat présidentiel. "Nous avions tous dit en mai, que nous ne reconnaissionspas son élection, il fallait donc passer des paroles aux actes", raconte-t-il à l’AFPsous couvert de l’anonymat. "SousGuaido, l’opposition a fourni la thèse juridiquepermettant aux gouvernements étrangers de reconnaître un dirigeant alternatif à la fin du premier mandat de Maduro", renchérit l’expert Harold Trinkunas, de l’université de Stanford. "C’est une solution constitutionnelle",

approuve-t-on au département d’Etat américain. Dans les coulisses, les responsables américains s’activaient en fait depuis plusieurs mois. Généralement peu intéress par l’Amérique latine, et volontiers enclin à désengager les Etats-Unis de la scène multilatérale, le président Trump identifietrès tôt Nicolas Maduro comme un de ses principaux ennemis: dès septembre 2017, il assure que toutes les options, y comprismilitaire, sont sur la table pour "rétablir la démocratie" au Venezuela. Mais, il laisse son vice-président Mike Pence, monter en première ligne, épaulépar le sénateur de Floride Marco Rubio, souvent à la manoeuvre pour définir la stratégie américaine pour le Venezuela.Les deux hommes se retrouveront ainsidans le Bureau ovale à la veille de l’autoproclamationde Juan Guaido. Leur action se déploie sur deux fronts.

D’abord, coordonner la pression américaine avec les actes de l’opposition. Mi-décembre 2018, Juan Guaido vient discrètement dans lacapitale américaine, pour rencontrer des acteurs-clés, affirme à l’AFP Geoff Ramsey, du centre de recherche Washington Office on Latin America. Applications cryptées Une visite que l’administration américaine, encore aujourd’hui, refuse de confirmer."Le département d’Etat rencontre et communiqueavec des interlocuteurs étrangers très divers, c’est le rôle des diplomates", se borne à dire un porte-parole. "Ce qui se passe actuellement est le résultat d’un intense effort diplomatique", en cours"depuis plusieurs mois",

"pour lequel il a souvent été préférable de ne rien révéler",explique, sous couvert de l’anonymat, un opposant vénézuélien aux Etats-Unis. Carlos Vecchio, aujourd’hui nommé "ambassadeur" aux Etats-Unis par JuanGuaido, a été un des interlocuteurs privilégiésdes Américains. Plus difficile en revanche de parler avec les opposants restésau Venezuela. "Il faut utiliser Signal ouWhatsApp", des applications de communication cryptées, "mais il y a toujours un risque d’être surveillé",

"leur maison peutêtre sur écoute", rapporte Fernando Cutz. Parallèlement, l’administration Trump s’est démenée pour ne pas apparaître seule aux manettes. Pour Harold Trinkunas, elle a "joué un rôle important dans la coordination de la reconnaissance internationale de Guaido". Mais, cet effort remonte plus loin dans le temps, avec, pour reprendre laformule de Fernando Cutz, une "chorégraphieet une rhétorique minutieuses de la part des Etats-Unis, pour ne pas devancer les événements". "Cela a permis d’aboutirà une solution vraiment régionale", plaidecet ex-conseiller de la Maison Blanche,mettant en avant la formation du Groupede Lima, 14 pays américains dont le Brésil,= le Canada et le Mexique, souvent sur la même longueur d’ondes que Washingtonsur la crise vénézuélienne. Mais des paysqui "ne prennent pas leurs instructionsauprès des Américains", assure le diplomatecanadien.






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