Le Midi Libre - Société - A la dĂ©couverte des Ksour
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Béni Abbès, Un joyau touristique du Sahara
A la découverte des Ksour
28 Fevrier 2009

Imposante et altière, la palmeraie de BĂ©ni Abbès dĂ©ploie ses trĂ©sors touristiques de renommĂ©e mondiale et attire de plus en plus de visiteurs algĂ©riens et Ă©trangers durant les six mois que dure la haute saison du tourisme saharien. SituĂ©e Ă  240 km au sud-est de BĂ©char, dans le sud-ouest algĂ©rien, BĂ©ni Abbès est sans conteste, avec sa sĹ“ur Taghit dans la mĂŞme zone, l’un des joyaux du tourisme en AlgĂ©rie.

Ce site merveilleux est Ă©levĂ© sur l’oued Saoura qui arrose sa riche palmeraie oĂą s’Ă©lève, depuis le XVIe siècle, le vieux Ksar en vĂ©ritable havre de repos mais aujourd’hui inhabitĂ©.
Le vieux guide, Mohamed Adda, les mains tremblotantes, explique aux visiteurs que le Ksar a cessĂ© d’ĂŞtre habitĂ© en 1957, lorsque l’armĂ©e française d’occupation, dans sa chasse aux moudjahidine, avait contraint les familles qui y habitaient Ă  quitter les lieux. L’occupant soupçonnait, se souvient le guide, les familles du Ksar d’abriter les moudjahidine de l’ArmĂ©e de libĂ©ration nationale.
Contraints de libérer les lieux, ils devaient construire de nouvelles maisons alentour, et manquant de matériaux de construction, ils revinrent au Ksar et prirent les poutrelles et autres matériaux, contribuant de la sorte à la destruction de ce patrimoine, regrette amèrement Mohamed.
Cette triste parenthèse fermĂ©e, il ajoute en parlant de la palmeraie verdoyante que toutes les espèces d’arbres fruitiers y poussent et offrent leurs produits aux habitants des lieux.
Le vieil homme est fier d’annoncer Ă  ses hĂ´tes que plusieurs espèces de dattes sont cultivĂ©es ici et que la meilleure et la plus prisĂ©e s’appelle "toumliha", la bien nommĂ©e "bonne". Il fit savoir, dans la foulĂ©e, que chaque jardin de la palmeraie portait un nom distinctif, une fantaisie qui renseigne sur l’amour vouĂ© Ă  la terre par les anciens ksourien.
Aujourd’hui, les jardins continuent d’ĂŞtre travaillĂ©s par leurs propriĂ©taires qui habitent la ville de BĂ©ni Abbès et ses environs.
Ces jardins sont arrosĂ©s selon un système d’irrigation particulier, en remplacement des traditionnelles foggaras, et qui draine l’eau distribuĂ©e Ă©quitablement entre toutes les parcelles cultivĂ©es Ă  partir d’une piscine Ă©rigĂ©e Ă  une trentaine de mètres plus haut. "Il y a trois ou quatre siècles, les mariages se cĂ©lĂ©braient dans ces jardins d’Eden", proclame le guide comme pour tout rĂ©sumer.
Le visite du Ksar plonge le visiteur dans l’histoire des lieux. A l’entrĂ©e, la place oĂą se rĂ©unissaient les ksourien pour rĂ©gler leurs problèmes, Ă©chafauder leurs projets ou, le soir, attendre l’appel Ă  la prière puisque la mosquĂ©e y est attenante. C’est dans un coin de la mosquĂ©e qu’est enterrĂ©, jusqu’Ă  aujourd’hui, Sid Mohamed Ben Abderrahmane, un saint originaire de Tlemcen, Ă  l’origine de la construction de ce lieu de prière.
On y pĂ©nètre par un corridor parsemĂ© de sable long d’une vingtaine de mètres, large de deux mètres environ et haut de moins de trois mètres. Ici, et grâce aux matĂ©riaux utilisĂ©s, le toub (pisĂ©) pour les murs et les palmes pour la toiture, règne une climatisation naturelle, dĂ©gageant de la fraĂ®cheur en Ă©tĂ© et de la chaleur en pĂ©riode de grand froid saharien.

Un haut lieu de culture et d’Ă©vasion
Le promeneur, qui se risque dans les allĂ©es du Ksar menant aux cases oĂą habitaient jadis les 150 ksourien, peut facilement se perdre dans ce labyrinthe, s’il n’est pas guidĂ© par un familier des lieux. Des escaliers en pierre conduisent aux terrasses d’oĂą les habitants surveillaient leurs palmiers et autres cultures, mais Ă©galement les Ă©ventuels visiteurs.
C’est dans la place du Ksar que les BĂ©ni AbbĂ©ssiens cĂ©lèbrent annuellement la fĂŞte du Mouloud, qui dure dix jours, et oĂą se rencontrent quelque 300 tireurs de baroud.
Le visiteur a tout le loisir, en quittant la palmeraie, de se rendre sur les hauteurs de la ville oĂą est construite l’hermitage du Père Charles De Foucault (1858-1916) rĂ©unissant une dizaine de religieux et religieuses, qui après leur devoir spirituel, s’adonnent Ă  l’entretien d’un lopin de terre oĂą poussent lĂ©gumes et fruits, outre des palmiers dattiers.
Dans une pièce de l’hermitage, sont exposĂ©s les livres Ă©crits par Foucault sur la vie dans le Sahara, mais aussi les Ĺ“uvres qui lui ont Ă©tĂ© consacrĂ©es.
Le touriste peut se loger chez l’habitant, une nouvelle formule qui n’est pas encore rĂ©glementĂ©e, mais aussi Ă  l’hĂ´tel Rym, un trois Ă©toiles de 120 chambres, Ĺ“uvre du cĂ©lèbre architecte Pouillon. L’Ă©tablissement est perchĂ© sur un plateau donnant sur la palmeraie en forme de scorpion.
Le touriste peut aussi visiter le musée de la faune et de la flore, les gravures rupestres de Tamtart et le théâtre en plein air au centre de la cité, et le soir se promener sous les arcades.
Il est impensable, enfin, pour tout visiteur de ne pas grimper au sommet de la dune qui encadre la citĂ© par sa partie nord, descendant plus au sud, jusqu’Ă  la palmeraie pour venir, plus bas, mourir sur la rive droite de l’oued Saoura.
L’Australien, Anthony Ham, auteur d’un guide touristique sur l’AlgĂ©rie et les merveilles du Sud, disait qu’il "rĂŞve en permanence du Sahara, dès que le bus s’engage sur les hautes plaines". "A Taghit, les sables du grand erg s’Ă©tendent Ă  perte de vue. BĂ©ni-Abbès peut me retenir pendant des jours, de mĂŞme que Timimoun", tĂ©moigne-t-il. BĂ©ni Abbès est, assurĂ©ment, un haut lieu d’Ă©vasion.


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