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l’Afrique
Le Berceau de l’humanité
7 Août 2007

Les chercheurs ont étudié près de 6000 crânes antiques provenant de toutes les parties du monde et en ont conclu que le foyer originel de l’homme se trouve en Afrique.

L’homme moderne, homo sapiens, est-il apparu d’abord, en Afrique avant que son espèce se répande aux quatre coins de la planète, ou bien a-t-il évolué dès le départ en même temps en différentes régions du globe ?
On se rappelle cette boutade d’un humoriste qui répondait à ceux qui lui disaient : l’Homme descend du singe ! «Oui, mais il y avait plusieurs singes !» Deux écoles se sont jusqu’à présent affrontées, mais il semble que la thèse africaniste, celle d’une origine unique soit sur le point de l’emporter. Les récentes découvertes plaident en ce sens. Deux méthodes ont été mises à profit : la première s’appuie sur les trésors de la génétique, et la deuxième, qui vient étayer les découvertes de la première, fait appel aux techniques morphologiques.
Dans le premier cas, les paléontologues de l’université de Cambridge semblent avoir fourni une réponse convaincante , apportant de l’eau au moulin de la théorie africaniste, si on peut l’appeler ainsi. Pour eux, la cause est entendue, l’Homme moderne serait bien né dans un berceau africain unique, situé dans la vallée de l’Omo, en Ethiopie, avant de partir à la conquête de l’Asie, de l’Europe et du reste du monde (Amérique, Australie…).
Quelle a été la méthode utilisée ? D’après un article de Jean Etienne, parue dans Futura-Science, les chercheurs de Cambridge, pour arriver à leurs conclusions, ont observé près de 6000 crânes antiques, provenant de toute la planète, afin d’en étudier la diversité génétique. «Leurs constatations sont flagrantes et sans appel, écrit l’auteur de l’article : à mesure que l’on s’éloigne du berceau africain, la diversité génétique diminue».
Ces constatations viennent confirmer le cœur de la théorie de ceux qui penchaient pour une importante migration, partie depuis l’Afrique subsaharienne et perdant progressivement ses individus au fur et à mesure qu’elle s’éloigne, c’est-à-dire une partie de sa diversité.
Et pour étayer cette théorie, les chercheurs se sont également basés sur une autre technique, l’étude morphologique des crânes qui confirme cette hypothèse, l’échantillon provenant directement d’Afrique du sud-est présentant un nombre de variations morphologiques bien plus abondant ; ce taux se réduisant proportionnellement à l’éloignement du point d’origine. Cette question est donc primordiale pour les paléontologues, et ne concerne pas que les seuls humoristes qui trouvent à rire sur le nombre de singes d’où descend l’homme, le singe lui descendant de l’arbre. Pour rester dans l’humour, voire dans la caricature, on peut donc dire qu’en Afrique du sud-est se trouvait une tribu de singes (des hominidés) dont l’évolution a permis la naissance de l’homme moderne, le roseau pensant.
En attendant que les défenseurs de la théorie opposée (l’origine de l’homme éparpillée en différents foyers du globe), reprennent du poil de la bête, l’étude des chercheurs de Cambridge, dont les résultats ont été publiés par la revue Nature du 19 juillet 2007 (c’est tout récent), conclut que la question est réglée. Nos lointains ancêtres sont bien partis d’une région unique du continent africain, voici 150.000 ans et ont rayonné à la surface du globe, écrit Jean Etienne, «non sans supplanter toutes les populations archaïques qu’ils pouvaient rencontrer. L’Homme restera toujours l’Homme. …»
L’autre question que se posent les chercheurs se rapportent à l’âge de l’homme : jusqu’ici, on estimait que l’homme moderne ne saurait avoir plus de 100.000 ans. Mais des paléontologues australiens et américains ont revu à la hausse la datation de fossiles humains découverts le long de la rivière Omo, au sud de l’Ethiopie. Il s’agit de deux crânes, baptisés Omo I et II, qui ont été mis au jour en 1967 et qui ont été une première fois datés selon une évaluation d’environ 130.000 ans, par analyse du taux de thorium et d’uranium des huîtres retrouvées dans les sédimentations (en 1967, on pensait que la datation était exagérée et que l’homme est âgé au plus de 100.000 ans).
Un article de France-Science nous apprend, cependant, que les nouvelles méthodes disponibles ont permis à Francis Brown, de l’université de l’Utah, John Fleagle, de la Stony Brook University, de Ne w York, et Ian Mac Dougall, de l’Australian National University, de parvenir à une autre conclusion en revoyant à la hausse l’âge de l’homme : «Les deux fossiles, contemporains, malgré les différences morphologiques, remonteraient à près de 195 000 ans (à 5000 ans près)». En se focalisant sur le taux de désintégration de l’argon, contenu dans les cristaux de feldspath des sédiments situés juste au-dessous des fossiles, et de cendres prélevées nettement au-dessus (environ 50 m), les chercheurs ont lu dans les premiers un âge de 196.000 ans et dans la seconde une limite inférieure de 104.000 ans.
Un autre facteur a été pris en compte, selon France-Science : celui de la vitesse de sédimentation de la rivière Omo, qui était à l’époque très importante, et qui amène à la conclusion suivante : l’âge des fossiles serait plus proche de 196.000 ans. Et France-Science de rappeler que jusqu’ici, les plus vieux fossiles étaient considérés comme étant ceux de Herto, également en Ethiopie, évalués entre 154 000 ans et 160 000 ans. Tous ces travaux donc confirment, pour l’instant (car la science elle ne cesse d’avancer et d’apporter de nouveaux éléments), les analyses de paléogénétique situant l’origine de l’Homo sapiens moderne entre 150.000 et 200.000 ans.
D’autres recherches, un peu plus pointues, se sont penchées sur un autre aspect de l’évolution des hominidés, celui du cerveau de l’homme, seul détenteur du langage et de la pensée logique. Un article de Sami Biasoni, dans Futura-Science, s’intéresse aussi à la croissance cérébrale tardive de l’homme moderne, un point qu’il considère comme un avantage évolutionniste.
Voici où se situe le paradoxe. A sa naissante, l’Homo sapiens possède le plus petit cerveau de tous les primates, au regard de sa masse corporelle : à peine 25% de la taille du nourrisson, alors qu’il occupe 70% de celle du macaque naissant.
Et pourtant, à l’arrivée, soit à l’âge adulte, c’est l’homme qui possèdera le cerveau le plus volumineux et le plus perfectionné. Traduire : il aura fallu de longues années de croissance avant que ce renversement ne soit effectif.
En d’autres termes, cette merveilleuse machine qu’est le cerveau humain est aussi fragile que complexe. Elle est dotée de multiples fonctions, en plus de celles que possèdent les autres animaux, y compris les primates : parler, concevoir, créer, apprendre, construire, résoudre des problèmes les plus abstraits, avoir une vie sociale des plus hiérarchisée, mais l’homme met énormément de temps à sortir de l’enfance, à être autonome par rapport aux parents. L’auteur de l’article nous apprend que l’étude a été menée conjointement par le CNRS-Bordeaux (France) et le Max-Plank institute de Leipzig (Allemagne). Elle entre dans le cadre du programme «Origine de l’homme, du langage et des langues», une étude portant sur la détermination de la première espèce d’hominidés ayant acquis le langage articulé, et ses premières conclusions indiquent que ce type d’évolution est propre à l’homo Sapiens, dans la mesure où son prédécesseur, l’Homo Erectus, mûrissait à une vitesse proche de celle du singe. «Il y a donc une sélection en faveur d’un petit cerveau à la naissance et d’un gros cerveau à l’âge adulte, grandissant lentement, ce qui est une façon d’étaler l’investissement parental sur des années, comme un crédit». En d’autres termes, conclut l’étude, cette lente maturation caractéristique de l’homo sapiens, qui s’et progressivement accentuée, favorise l’acquisition des connaissances et peut-être, aussi, a permis le langage, en donnant au cerveau le temps de se structurer.
Comme on le voit, l’homme moderne, est, de tous les primates, le seul à avoir une croissance aussi lente, puisque le processus de maturation de l’individu, aussi bien sur le plan physique que cérébral, dure, entre 18 et 20 ans. Mais c’est aussi le seul être véritablement doué de langage.

Par : Rachid Mechtras

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