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Commémoration du vingtième anniversaire de son assassinat
Abdelkader Alloula, une figure cardinale des arts visuels en Algérie
12 Mars 2014

Le caractère avant-gardiste de l’œuvre d’Alloula (1939-1994) a été au centre d’une conférence intitulée "Abdelkader Alloula vu à travers les personnages de son théâtre ou une biographie scénique d’un dramaturge", inaugurant, lundi dernier à Oran, le colloque international dédié au regretté artiste.

"Abdelkader Alloula (1939-1994) est une des figures cardinales des arts visuels en Algérie", a affirmé dans sa conférence l’universitaire d’Oran Benamar Médiène, soulignant que "la polyvalence d’Alloula le situe dans la tradition des grands dramaturges de l’Antiquité à l’instar de Sophocle, Aristophane et Eschyle". Tout en rappelant qu’Alloula fut auteur, traducteur-adaptateur, scénographe et acteur, l’intervenant lors du colloque a indiqué que Alloula "se situe aux avant-gardes de Brecht à Koltes en passant par les grands classiques tels Molière et Shakespeare, ainsi que les auteurs maghrébins, le barde Abderrahmane El-Majdoub, d’Allalou à Kaki".

Insistant sur le génie créatif d’Alloula, il évoquera "son audace à travailler la langue arabe, à la placer dans les discours du quotidien tout en lui donnant la puissance du jeu théâtral, à moderniser les traditions des goual et de la halqa dans la dynamique du spectacle de la scène fermée". Abordant les personnages du théâtre d’Alloula, M. Mediene a estimé que c’est notamment à travers ceux créés dans la trilogie El-Ajouad, Lagoual, Lithem que Alloula "surprend et donne à l’art de la scène une énergie magnifique".

Le colloque, qui coïncide avec la commémoration de la 20e année de la disparition tragique du regretté dramaturge, a été initié par l’Unité de recherche sur la culture, la communication, les langues, les littératures et les arts (UCCLLA) relevant du Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC, basé à Oran).

L’importance du legs artistique d’Alloula a été également mise en exergue lors de la cérémonie d’ouverture animée par la directrice du CRASC, Nouria Remaoun-Benghabrit, le directeur de l’UCCLLA, Mohamed Daoud, le président du comité scientifique, Lakhdar Mansouri, le président du comité d’organisation, Mohamed Hireche-Baghdad et la présidente de la fondation Abdelkader Alloula, Raja Alloula, veuve du regretté dramaturge.

Dans leur note argumentaire, les organisateurs ont en substance mis l’accent sur le fait qu’"Alloula a marqué l’histoire du théâtre algérien de son empreinte indélébile", ajoutant que "dans son expérience théâtrale, il a répondu aux exigences de la construction dramaturgique en associant plusieurs formes d’expression".

Alloula, ont-ils expliqué, a puisé ses diverses pièces dans le patrimoine local (El-Halqa, El-Meddah, entre autres), le but étant d’aboutir à la création d’un "genre théâtral nouveau". Il s’est également inspiré du patrimoine universel, soit en "adoptant" la distanciation brechtienne, soit en exploitant les possibilités qu’offre la Commedia Dell’arte par exemple, ou en adaptant des textes de Gogol, Goldoni, Aziz Nesin et autres écrivains.

Les pièces de théâtre qu’il a mises en scène dans les années 1980-1990 (El-Ajouad, Lagoual, Lithem, Arlequin...) ont révélé une pratique théâtrale singulière caractérisée par une recherche approfondie sur le discours, la langue, le décor et la mise en scène. Ce colloque international se veut, selon les organisateurs, une lecture multiple de l’œuvre d’Abdelkader Alloula dans toutes ses dimensions artistiques, faisant appel à plusieurs disciplines bien ancrées dans le champ des sciences humaines et sociales comme la sémiotique, la sémantique, la sociocritique,

l’analyse du discours, l’anthropologie et la psychologie. Une trentaine de spécialistes du 4e Art, issus de différentes universités du pays et de l’étranger, participent à cette rencontre qui se tient deux jours durant sous le thème générique "Le théâtre d’Abdelkader Alloula (1939-1994): le texte et la scène". Les communications de cette première journée sont réparties sur deux séances successives consacrées à "l’écriture dramaturgique chez Abdelkader Alloula" et à "la production théâtrale".

Le défunt Abdelkader Alloula, un dramaturge qui a marqué le 4e art national
Le regretté artiste Abdelkader Alloula est considéré comme le dramaturge qui a marqué le 4e art national. Sa méthode de travail basée sur le travail collectif, l’intégration du public comme élément essentiel et dynamique du spectacle, la valorisation et la réhabilitation des formes artistiques puisées du terroir (la halqa et le goual, entre autres), la recherche approfondie sur le langage théâtral, a donné une dimension nouvelle au 4ème art national. Né le 8 juillet 1939 à Ghazaouet,

Alloula fera sa scolarité à l’école primaire d’Aïn El-Berd, dans la wilaya de Sidi Bel-Abbès. En 1956, il interrompt ses études secondaires à Oran, pour y faire du théâtre au sein de la troupe amateur Echabab. Il prend part à des stages de formation et décroche des rôles dans les pièces Maghramin bel mal de Mohamed Touati, Roujoue essaada, Kheima chrifa et Khadra el yadine de Mohamed Krachaï. En 1962, il est avec la troupe de l’Ensemble théâtral oranais (ETO) quand il monte El asra, adaptée de l’œuvre de Plaute ("Les captifs").

Comédien au TNA dès sa création en 1963, il jouera, la même année, dans Les enfants de la Casbah (Abdelhalim Raïs, Mustapha Kateb), Hassen Terro (Rouiched, Mustapha Kateb), La vie est un songe de Calderon (M. Kateb), Le serment (A. Raïs, Taha el-Amin), Don Juan de Molière (M. Kateb), Roses rouges pour moi de Sean O’Casey (Allel El-Mouhib) et La mégère apprivoisée de Shakespeare (idem). En 1965, il est dans Les chiens de Tom Brulin (Hadj Omar).

Sur le plan de la mise en scène, le répertoire du dramaturge comprend, entre autres, El-Ghoula en 1964 (Rouiched), Le sultan embarrassé (1965, Tewfik El-Hakim), Monnaie d’or (1967), Numance (1968, en arabe classique, adaptée par Himoud Brahimi et Mahoub Stambouli) et Les bas-fonds de Gorki (1982, traduction de Mohamed Bougaci).

Sa passion pour le quatrième art le mène également à écrire et à réaliser Laâlegue (les sangsues) en 1969, El-Khobza (1970), Homk Salim (1972), adaptée du Journal d’un fou de Gogol, Hammam Rabi (1975), Hout yakoul hout (1975, écriture collective avec Benmohamed), la trilogie Lagoual (1980) - El-Ajouad (1984) - El-Lithem (1989), El-Teffeh (1992), Arlequin valet de deux maîtres (1993) (adaptation libre de l’œuvre de Goldoni).

Par ailleurs, en 1990, il fit adaptation de cinq nouvelles de l’écrivain turc Aziz Nesin, à savoir Lila maa majnoun, Essoltane oual guerbane, El-wissam, Chaab fak et El-wajib el watani (réalisé pour l’ENTV par Bachir Berichi). Au cinéma, Alloula fut aussi l’auteur de deux scénarios de films, Gorine (1972) et Jalti (1980), réalisés par Mohamed Ifticène.

Des rôles lui furent même confiés, notamment dans Les chiens (1969) et Ettarfa (1971) d’El-Hachemi Cherif, "Tlemcen" (1989) de Mohamed Bouanani, Hassen Niya (1988) de Ghouti Bendedouche, et Djan Bou Rezk (1990) de Baba Aïssa Abdelkrim. Il y a lieu de noter, en outre, sa participation aux commentaires des films Bouziane El-Qalii (1983) de Hadjadj Belkacem et Combien je vous aime (1985) du défunt Azzeddine Meddour. Auprès de la Radio Chaîne III, il réalise et interprète, en 1967, trois pièces théâtrales du répertoire universel (Sophocle, Shakespeare, Aristophane).

Il a également monté des pièces avec les étudiants, dont El-Ghoul de Mohamed Aziza (1968-1969), traduite et mise en scène par les étudiants d’Oran. Abdelkader Alloula fut assassiné le 10 mars 1994 à Oran, à la sortie de son domicile alors qu’il se rendait, en cette soirée de Ramadhan, à une réunion de l’association d’aide aux enfants cancéreux.


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