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Deux décennies déjà
Enracinement du hip hop en Algérie
5 Aoűt 2010

Le rap, plus politique, n’hĂ©site pas Ă  s’attaquer aux gouvernants dans un langage cru, souvent en usant du parler populaire, en arabe, en kabyle, en français ou en anglais. La contestation fait mĂŞme partie d’un mode de vie.

Mostaganem organise depuis lundi dernier la 10e Ă©dition du festival national de rap et de hip hop. Le festival qui s’Ă©tale sur six jours rĂ©unit 21 groupes de rap et de hip hop issus des wilayas d’Alger, Bejaia, Bordj Bou Arreridj, Djelfa, Oran, Tizi-Ouzou et Relizane. Six prix dĂ©partageront les groupes en compĂ©tition, qui sont au nombre de 13. Le hip hop et le rap (ce dernier est une sous-division du premier), sont apparus en AlgĂ©rie au dĂ©but des annĂ©es 1990. Depuis, ils ont franchi un pas de gĂ©ant vers la consĂ©cration. La rĂ©action première de la sphère officielle aura Ă©tĂ© d’abord de relĂ©guer cette nouvelle expression artistique, et qui plus est nĂ©e aux Etats-Unis et en Europe, Ă  la marge. Dès l’abord quelque part on avait convenu que cet art contestataire osĂ© et exĂ©cutĂ© sur fond de danse urbaine ne recoupait pas les valeurs locales. Certains mĂ©dias lui ont tournĂ© le dos mais c’Ă©tait sans compter sur le succès qu’allait rencontrer le genre auprès de la jeunesse. Le rap, plus politique, n’hĂ©site pas Ă  s’attaquer aux gouvernants dans un langage cru, souvent en usant du parler populaire, en arabe, en kabyle, en français ou en anglais. La contestation fait mĂŞme partie d’un mode de vie. On conteste en dialectal pour Ă©viter de parler la langue de bois des officiels. Il ne pas faut oublier que le hip-hop nĂ© dans les faubourgs noirs de New York, au-delĂ  des expressions chorĂ©graphiques (break, smurf...) dont il est porteur, prend en compte Ă©galement la peinture (tag et graffiti), les codes vestimentaires et les attitudes comportementales inhĂ©rentes Ă  une culture hip hop qui prĂ´ne la non violence, l’Ă©ducation physique, la non consommation de la drogue etc. Le rap vĂ©hicule pour ainsi dire une musique plus universelle, qui mĂŞme si elle se revendique d’une spĂ©cificitĂ© nationale, n’en revendique pas moins une esthĂ©tique plus hybride, plus universelle, en un mot plus mondialisĂ©e qui perpĂ©tue un idĂ©al, celui de vivre dans un monde plus juste. Le rap est parvenu mĂŞme Ă  supplanter le raĂŻ du moins sur le plan contestataire, concĂ©dant Ă  ce dernier le traitement de la thĂ©matique de l’amour et des aventures Ă  l’eau de rose.
Si Hamidou est prĂ©curseur du genre en AlgĂ©rie, ayant enregistrĂ© son titre « Jawla Fe Lil » en 1985, il faut attendre le dĂ©but des annĂ©es 90 pour voir apparaĂ®tre les premiers groupes de rap algĂ©rien, qui Ă  l’image de Double Kanon, Intik, MBS (Micro Brise le Silence), Hamma Boys, et TOX (Theory Of Xistence) vont aligner la scène artistique algĂ©rienne sur les canons artistiques internationaux. Mais le hip hop finit par s’imposer. La malvie, la violence qui s’est emparĂ©e du pays pendant les annĂ©es noires, le chĂ´mage, sont autant de thèmes qui alimentèrent un genre qui se veut avant tout dĂ©nonciateur de l’injustice. Il s’impose d’abord par son cĂ´tĂ© chorĂ©graphique, Ă©tant un art visuel par excellence, il devient dans le monde entier un phĂ©nomène de tĂ©lĂ©vision. Les Ă©missions de variĂ©tĂ©s ne peuvent se passer de leur rappeur et de leur hip hoppeur et idem pour les cinĂ©astes qui redoublent d’efforts pour rĂ©aliser les meilleurs clips possibles, voire les meilleurs films longs mĂ©trages en associant du mieux qu’ils peuvent de jeunes danseurs hauts en couleurs. On voit du reste foisonner ici en AlgĂ©rie les articles de presse sur ce style de musique qui finalement se plait-on Ă  souligner parvient mĂŞme Ă  plaire aux familles. Le petit Ă©cran Ă©tant le mĂ©dia le plus sujet Ă  l’effet imitation, bientĂ´t la tĂ©lĂ© algĂ©rienne se met de la partie, en allant chercher Ă  la loupe ses hip hoppeurs. Le hip hop se dĂ©veloppe donc Ă  l’ombre de l’industrie audio-visuelle qui le stimule et l’amplifie. C’est dans ces conditions propices que ce style musical allait connaĂ®tre une explosion. C’est ainsi qu’on verra l’arrivĂ©e sur la scène d’une noria de nouveaux groupes comme Cause Toujours, SOS, K-Libre, K2C, BAM, Secteur H, BLD, Vaga HH (Alger), DDS, Ouled El Bahia, MCLP, Vixit et Talisman (Oran), les Diables Rouges, Killer, Ganja et Hood (Annaba). Bien sĂ»r avec l’institutionnalisation du festival de rap et de hip hop, la question de la « normalisation » de ce style musical se pose, comme d’ailleurs elle s’Ă©tait posĂ©e par le passĂ© pour la chanson raĂŻ, qui après ses dĂ©buts transgressifs a fini par se couler dans le moule ambiant. L.G.

Par : LARBI GRAĂŹNE

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