L’historien français Christophe Lafaye, dont les travaux ont Ă©tĂ© mis en avant dans le film documentaire « AlgĂ©rie, sections armes spĂ©ciales », diffusĂ© sur la Radio TĂ©lĂ©vision Suisse (RTS) le 9 mars dernier, s’est exprimĂ©, lundi, sur la chaine 3 de la Radio algĂ©rienne, rĂ©vĂ©lant avoir suivi l’entraĂ®nement des militaires français qui se prĂ©paraient Ă partir en Afghanistan, affirmant que « les militaires rĂ©pĂ©taient les techniques mises en oeuvre en AlgĂ©rie ».
Dans son intervention, il explique avoir vu ces militaires qui utilisaient des retours d’expĂ©rience des sections armĂ©es en AlgĂ©rie sans utiliser l’Ă©lĂ©ment chimique parce que la France a signĂ© des traitĂ©s en 1993 interdisant l’usage d’armes chimiques, mais ils utilisaient des archives qui parlaient des combats souterrains pour se prĂ©parer. Audio Player Christophe Lafaye dĂ©clare avoir rencontrĂ© en 2015 un ancien combattant affectĂ© par ces gaz chimiques utilisĂ©s par l’armĂ©e française en AlgĂ©rie. Christophe Lafaye dĂ©clare avoir notĂ© cette information, mais, plus tard, dit-il, j’ai rencontrĂ© en 2015 un ancien combattant affectĂ© par ces gaz chimiques utilisĂ©s par l’armĂ©e française.
Et j’ai compris le caractère spĂ©cial et dangereux pouvaient ces gaz sur les algĂ©riennes et les algĂ©riens rĂ©fugiĂ©s dans les grottes. Il convient de rappeler que les souvenirs et les archives personnelles de soldats français et de combattants ou de civils algĂ©riens sont convoquĂ©s par Claire Billet, la rĂ©alisatrice du film, Ă l’appui d’une dĂ©monstration qui s’appuie sur les travaux de l’historien Christophe Lafaye, engagĂ© dans un mĂ©moire d’habilitation de recherche consacrĂ© Ă ce sujet.
Ainsi, et malgrĂ© de nombreux obstacles administratifs, Christophe Lafaye, spĂ©cialiste d’histoire militaire, a exhumĂ© plusieurs documents qui dĂ©crivent comment la dĂ©cision politique a Ă©tĂ© prise, en mars 1956, comme en atteste un courrier du commandant supĂ©rieur interarmĂ©es de la 10e rĂ©gion militaire (qui couvre l’AlgĂ©rie) au secrĂ©taire d’Etat aux Forces armĂ©es (terre), Maurice Bourgès- Maunoury, intitulĂ© : Utilisation de moyens chimiques.
En septembre 1956, le compte-rendu d’une rĂ©union tenue Ă l’Ă©tat- major des ArmĂ©es produit une Ă©tude de politique gĂ©nĂ©rale d’emploi des armes chimiques en AlgĂ©rie. Le but Ă©tait d’infecter les grottes oĂą se rĂ©fugient les insurgĂ©s que les documents de l’Ă©poque qualifient de hors-la-loi, faire prisonniers ou tuer leurs occupants, et les rendre impraticables. Dès lors, l’armĂ©e effectue des tests pour dĂ©terminer le produit Ă utiliser dans chaque cas particulier, les modes d’emploi et les personnels qui devront se consacrer Ă ces missions : une batterie armes spĂ©ciales (BAS) est créée en dĂ©cembre 1956.
Une centaine de sections seront rĂ©parties sur tout le territoire algĂ©rien par le gĂ©nĂ©ral Salan. Le plan Challe rĂ©visera cette organisation en 1959. Les produits sont prĂ©levĂ©s dans les stocks de la Grande Guerre. Il s’agit de CN2D, conditionnĂ© dans des grenades et dans des pots : un dĂ©rivĂ© arsĂ©niĂ© (Adamsite ou DM) combinĂ© Ă de la chloroacĂ©tophĂ©none (CN) très toxique. Selon Christophe Lafaye, 8 000 Ă 10 000 gazages ont Ă©tĂ© conduits pendant toute la guerre. L’historien en a documentĂ© 440, qu’il a fixĂ©s sur une carte. L’inventaire complet reste Ă faire. Il a fallu attendre 1993 pour que la France vote l’interdiction dĂ©finitive des armes chimiques et de leur fabrication.