Le Midi Libre - evénement - L’autre crime de la France coloniale
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Edition du 9 Fevrier 2025



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Il y a 67 ans Sakiet Sidi Youcef
L’autre crime de la France coloniale
9 Fevrier 2025

Le Premier ministre, M. Nadir Larbaoui, est arrivé, hier à El Kef (Tunisie), où il a coprésidé avec le chef du Gouvernement tunisien, M. Kamel Madouri, la cérémonie de commémoration du 67e anniversaire des événements de Sakiet Sidi Youssef.

Le Premier ministre et la dĂ©lĂ©gation qui l’accompagne ont Ă©tĂ© accueillis au poste frontalier de la DĂ©lĂ©gation de Sakiet Sidi Youcef par le Premier ministre tunisien, qui Ă©tait accompagnĂ© d’une importante dĂ©lĂ©gation ministĂ©rielle. Outre la prĂ©sidence des cĂ©rĂ©monies pour commĂ©morer le 67ème anniversaire des Ă©vĂ©nements de Sakiet Sidi Youcef, qui constitue «une occasion de rappeler les sacrifices et la lutte commune des peuples algĂ©rien et tunisien contre le colonialisme français pour recouvrer la libertĂ© et la dignitĂ© »,

M.M. Larbaoui et Madouriont aussi eu des entretiens sur la réalité et les perspectives de développement des relations bilatérales, ont aussi été débattus les moyens de les renforcer conformément à la vision commune des dirigeants des deux pays, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, et le président de la République tunisienne, M. Kaïs Saïed, visant à concrétiser un partenariat stratégique efficient entre les deux pays.

Le Premier ministre, Nadir Larbaoui, a qualifiĂ© les bombes, larguĂ©es par l’aviation des forces militaires françaises sur la rĂ©gion de Sakiet Sidi Youssef, le 8 fĂ©vrier 1958, de « tournant dans le combat commun (des algĂ©riens et des tunisiens, ndlr) contre le colonialisme français brutal ». Lors de la commĂ©moration il a affirmĂ© que cette attaque sanglante qui a ciblĂ© des civils et des moudjahidine rĂ©fugiĂ©s en Tunisie, reste « une page sombre de l’histoire du colonialisme français qui prĂ©tendait ĂŞtre civilisĂ©, alors qu’il a perpĂ©trĂ© les massacres et les crimes les plus atroces contre des civils dĂ©sarmĂ©s, en utilisant toutes sortes d’armes ».

Le Premier ministre a rappelĂ© que ces bombardements ont fait des dizaines de martyrs et des centaines de blessĂ©s, AlgĂ©riens et Tunisiens, illustrant les actions punitives du colonisateur « contre quiconque apportant une aide et un soutien Ă  l’ArmĂ©e de libĂ©ration nationale dans son combat contre l’occupant ».

Il a Ă©galement saluĂ© l’Ă©volution « remarquable des relations entre l’AlgĂ©rie et la Tunisie, qui avancent Ă  grands pas vers une coopĂ©ration complĂ©mentaire et intĂ©grĂ©e ». Il a rĂ©itĂ©rĂ© l’engagement des autoritĂ©s des deux pays voisins Ă  continuer Ă  dĂ©ployer « des efforts et mobiliser les Ă©nergies dans la mise en oeuvre des dĂ©cisions issues des mĂ©canismes bilatĂ©raux existants ». Il a relevĂ© « une prĂ©paration rigoureuse de la prochaine session de la Grande Commission mixte algĂ©ro-tunisienne qui se tiendra prochainement en Tunisie ».

Des dizaines de morts

Pour rappel e village tunisien de Sakiet Sidi Youcef, cible d’une attaque perpĂ©trĂ©e le 8 fĂ©vrier 1958 par l’aviation française, faisant des dizaines de morts et des centaines de blessĂ©s, est un autre exemple de la barbarie du colonialisme français et de ses expĂ©ditions punitives contre tous les appuis de l’ArmĂ©e de libĂ©ration nationale (ALN) dans son combat contre l’occupation. Sakiet Sidi Youcef, petit bourg situĂ© tout près de la frontière algĂ©ro-tunisienne, Ă  un peu plus de 40 km de Souk Ahras et Ă  un jet de pierre de la commune de Heddada, qui relève actuellement de la wilaya de Souk Ahras, constituait un refuge idĂ©al pour les Moudjahidine algĂ©riens.

Le village tunisien Ă©tait devenu, dès lors, une cible permanente des forces de l’occupation française qui l’ont pilonnĂ© en reprĂ©sailles Ă  ses habitants que la France coloniale entendait punir pour leur solidaritĂ© et leur soutien Ă  la RĂ©volution algĂ©rienne. Selon des historiens, Sakiet Sidi Youcef avait fait l’objet de deux attaques : la première les 1er et 2 octobre 1957 et la deuxième le 30 janvier 1958. Ces deux attaques ont constituĂ© le prĂ©lude Ă  un massacre plus odieux au cours duquel beaucoup de sang a coulĂ©, illustrant la brutalitĂ© de l’occupation.

Pour l’armĂ©e coloniale française, devant l’important soutien que la RĂ©volution algĂ©rienne recevait de la part des diffĂ©rentes composantes politiques et civiles en Tunisie, il fallait planifier une attaque d’envergure pour provoquer une rupture entre les deux peuples et dissuader les Tunisiens Ă  soutenir la Guerre de libĂ©ration nationale.

C’est ainsi que le samedi 8 fĂ©vrier 1958, l’occupant dirige ses tirs et son artillerie vers la ville frontalière tunisienne de Sidi Youcef et le choix de cette date n’Ă©tait pas fortuit, car c’Ă©tait un jour de marchĂ© hebdomadaire, synonyme de grande affluence de civils tunisiens et algĂ©riens, les premiers pour le nĂ©goce et les seconds pour recevoir de l’aide et des vivres de la part d’organisations humanitaires.

Dès les premières heures de la matinĂ©e, de vĂ©ritables essaims d’avions bombardiers et de chasseurs assombrissent le ciel de Sakiet Sidi Youcef et lancent des raids continus, lâchant des bombes durant plus d’une heure et visant, selon des sources historiques, des bâtiments officiels, des Ă©coles primaires et de nombreux magasins et maisons. Selon les statistiques officielles, l’odieuse attaque qui a mĂŞlĂ© le sang des deux peuples frères, a causĂ© la mort de 68 Tunisiens et AlgĂ©riens sans dĂ©fense, dont des enfants et des femmes.

Le massacre de Sakiet Sidi Youcef a suscitĂ© une large rĂ©action mĂ©diatique internationale, contrairement Ă  ce qu’espĂ©raient l’administration coloniale et son bras armĂ© qui Ă©taient convaincus, Ă  tort, qu’en dissuadant les Tunisiens d’apporter leur aide aux AlgĂ©riens, ils porteraient un coup fatal Ă  la glorieuse RĂ©volution de Novembre. Ils s’Ă©taient, au contraire, une nouvelle fois discrĂ©ditĂ©s aux yeux de l’opinion publique internationale. Depuis , cette date, les peuples algĂ©rien et tunisien commĂ©morent ensemble cet anniversaire qui constitue un puissant tĂ©moignage de la solidaritĂ© agissante entre les deux pays frères.

Par : CHAHINE ASTOUATI

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