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Edition du 15 Mai 2022



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Sahara occidental
L’AlgĂ©rie recadre sĂ©vèrement le Makhzen
15 Mai 2022

Le sĂ©minaire du ComitĂ© de l’Organisation des Nations unies sur la dĂ©colonisation (C24) a Ă©tĂ© le théâtre d’une sĂ©ance de recadrage infligĂ©e, en deux temps, par le ReprĂ©sentant permanent de l’AlgĂ©rie, l’ambassadeur Nadir Larbaoui, Ă  la dĂ©lĂ©gation marocaine.

Avant de prononcer son discours consacrĂ© Ă  la thĂ©matique de la 2e journĂ©e des travaux du SĂ©minaire sur le Sahara occidental, l’ambassadeur Larbaoui a tenu Ă  recadrer une figurante sahraouie, venue des territoires occupĂ©s du Sahara occidental en mission commandĂ©e pour ânonner un torchon confectionnĂ© dans les locaux de la Direction gĂ©nĂ©rale des Ă©tudes et de la documentation, un service de renseignement et de contre-espionnage au Maroc sur les allĂ©gations de violations des droits de l’Homme Ă  Tindouf, et le groupe des dĂ©lĂ©guĂ©s des pays amis du Maroc qui, dans leurs interventions respectives, distribuĂ©es la veille par la dĂ©lĂ©gation marocaine, tel un ballet bien rĂ©glĂ©, mais d’un nausĂ©abond goĂ»t, ont fait rĂ©fĂ©rence aux tables rondes et Ă  la nĂ©cessaire participation de l’AlgĂ©rie. L’ambassadeur Larbaoui a rĂ©servĂ© la première salve Ă  l’endroit de la "Sahraouie" en s’adressant Ă  l’auditoire pour les prendre Ă  tĂ©moin et en indiquant que "mon pays a Ă©tĂ© citĂ© 3 fois par une personne. Ma dĂ©lĂ©gation dĂ©cide de ne pas rĂ©pondre Ă  ces allĂ©gations dès lors que cette personne ne reprĂ©sente qu’elle-mĂŞme. Il est clairement Ă©tabli, conformĂ©ment aux rĂ©solutions des Nations unies, que le Front Polisario est l’unique reprĂ©sentant lĂ©gitime et exclusif du peuple sahraoui", point de parlementer davantage sur ce point.

Et Ă  l’ambassadeur arbaoui de poursuivre : "Quant Ă  l’Ă©vocation de mon pays par certains dĂ©lĂ©guĂ©s, faut-il leur rappeler une fois pour toute, que mon pays n’est pas partie au conflit et, au mĂŞme titre que la Mauritanie, il a le statut de voisin-observateur, Ă  moins que cela participe d’une volontĂ© concertĂ©e mais Ă©culĂ©e et vaine de - bilatĂ©ralisation - du conflit qui demeure fondamentalement, n’en dĂ©plaise au Maroc et Ă  ses clients, une question de dĂ©colonisation". L’acte 2 de cette sĂ©ance de recadrage a Ă©tĂ© rĂ©servĂ© Ă  l’inĂ©narrable ambassadeur marocain Omar Hilale au cours du dĂ©bat gĂ©nĂ©ral. Ce dernier, et en totale sortie de piste, s’Ă©tait lancĂ© juste après sa meute dĂ©bridĂ©e, dans sa diatribe habituelle contre l’AlgĂ©rie. Un comportement qui a provoquĂ© une totale incomprĂ©hension et une rĂ©probation des autres dĂ©lĂ©gations, si bien que certaines d’entre elles la qualifie "d’attitude indigne" d’un diplomate, voire "d’incivisme".

En invitant l’ambassadeur marocain Ă  revoir ses devoirs et rĂ©viser ses cours, le ReprĂ©sentant permanent de l’AlgĂ©rie a rĂ©pondu sereinement aux attaques, l’une après l’autre, profĂ©rĂ©es contre l’AlgĂ©rie. Au sujet du pseudo "droit Ă  l’autodĂ©termination en Kabylie", l’ambassadeur Larbaoui a fait observer qu’en Ă©voquant cela, la "dĂ©lĂ©gation marocaine cherche dĂ©sespĂ©rĂ©ment Ă  introduire la confusion dans les esprits et tromper les opinion publiques nationales et internationales, en recourant Ă  l’invention d’un parallèle avec le droit du peuple sahraoui Ă  l’autodĂ©termination reconnu par la lĂ©galitĂ© internationale et les rĂ©solutions pertinentes des Nations unies". Il a, dans le mĂŞme cadre, indiquĂ© que la "dĂ©lĂ©gation marocaine a un Ă©norme dĂ©ficit en matière de donnĂ©es historiques et pour cause, vivant sous le rĂ©gime du protectorat, ils ne connaissent pas les valeurs et les sacrifices de la

lutte pour la libĂ©ration nationale". Toutes "les franges de la sociĂ©tĂ© algĂ©rienne se sont rassemblĂ©es autour du Mouvement de libĂ©ration nationale menĂ© par l’ArmĂ©e de libĂ©ration nationale (ALN)", a-t-il soulignĂ©. Parmi les leaders de la guerre de LibĂ©ration nationale qui ont marquĂ© l’Histoire de la glorieuse RĂ©volution algĂ©rienne, a-t-il affirmĂ©, il "y a plusieurs figures historiques qui appartiennent Ă  cette rĂ©gion du pays. Hocine AĂŻt-Ahmed, Krim Belkacem, le colonel Amirouche, Abbane Ramdane et Omar Ouamrane, en sont quelques noms parmi la longue liste des valeureux combattants pour la libertĂ©". Et d’assĂ©ner : "N’en dĂ©plaise, l’AlgĂ©rie est une RĂ©publique une et indivisible. Un principe que son peuple a consacrĂ© dans toutes les Constitutions du pays depuis son indĂ©pendance en 1962", a-t-il affirmĂ©. Par ailleurs, l’ambassadeur du Maroc, a exhibĂ© devant les sĂ©minaristes, en lui donnant une lecture tronquĂ©e et trompeuse, la lettre du 19 novembre 1975, adressĂ©e au SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’Onu, par l’ex- ReprĂ©sentant permanent de l’AlgĂ©rie, transmettant un document dans lequel il fait connaĂ®tre la position de l’AlgĂ©rie en ce qui concerne les derniers dĂ©veloppements relatifs au problème du Sahara occidental. Dans cette lettre, il a Ă©tĂ© clarifiĂ© que des dĂ©bats et des RĂ©solutions 377 (1975), 379 (1975) et 380 du Conseil de sĂ©curitĂ©, il rĂ©sulte que : "Outre l’Espagne en tant que puissance administrante, les parties concernĂ©es dans l’affaire du Sahara occidental sont l’AlgĂ©rie, le Maroc et la Mauritanie".

En rĂ©ponse au mensonge Ă©hontĂ© de l’ambassadeur marocain, l’ambassadeur Larbaoui a rĂ©torquĂ© en invitant le ReprĂ©sentant du Maroc Ă  ne pas faire une "lecture tronquĂ©e et sĂ©lective de la lettre, insultant au passage l’intelligence des dĂ©lĂ©guĂ©s ici prĂ©sents qui savent lire par eux-mĂŞmes les textes de l’Onu et maĂ®trisent la terminologie diplomatique multilatĂ©rale, le ReprĂ©sentant du Maroc aurait dĂ» faire lecture des passages qui ne laissent aucune place Ă  l’Ă©quivoque quant Ă  la position de mon pay". RĂ©agissant Ă  l’Ă©vocation par l’ambassadeur marocain de la bataille d’Amgala Larbaoui a brièvement rappelĂ© la guerre des sables pour restituer la rĂ©alitĂ© des agressions et des attaques marocaines visant notre pays dès les premières annĂ©es de son indĂ©pendance. Sur les violations des droits de l’Homme au Sahara occidental, il a Ă©tĂ© rappelĂ© Ă  la dĂ©lĂ©gation marocaine, devant tous les participants au SĂ©minaire, que le "peuple sahraoui vit dans une grande prison en terres occupĂ©es au milieu d’un embargo policier et dans le sillage d’atteintes aux libertĂ©s et aux droits de l’Homme, de torture, d’abus Ă  ’Ă©gard des femmes, d’enlèvements forcĂ©s et de toutes formes d’extermination de Sahraouis par le Makhzen marocain.

Le tout, au milieu du silence assourdissant de la Minurso". Cela s’est traduit par des violations massives, systĂ©matiques et flagrantes par le Maroc des droits de l’Homme des citoyens sahraouis, en violation des règles impĂ©ratives du droit international, notammen l’interdiction de la torture ainsi que l violation du droit international humanitaire s’agissant notamment du traitement des prisonniers sahraouis dans les prisons marocaines, pratiques similaires Ă  de crimes de guerre. A cela s’ajoutent les pratiques rĂ©pressives marocaines contre des civils sahraouis sortis dans la rue pour cĂ©lĂ©brer, en fĂ©vrier 2022, le 46e anniversaire de la proclamation de la RĂ©publique sahraouie, de mĂŞme que l’escalade de la rĂ©pression et des abus contre les militants sahraouis qui rejettent l’occupation marocaine, notamment la situation de la famille Khaya dans la ville de Boujdour occupĂ©e, qui vit sous blocus depuis plusieurs annĂ©es, et ce que subissent leurs deux filles, Sultana et El Waara.

La militante sahraouie Sultana Sid Ibrahim Khaya est visĂ©e par la liquidation physique après l’attaque brutale contre la maison de sa famille en fĂ©vrier 2022 et la torture dont elle a fait l’objet. Il faut ajouter Ă  cette liste, les crimes de disparition forcĂ©e qui s’inscrivent dans le cadre du nettoyage ethnique, notant Ă  ce titre que "le sort de plus de 400 cas de civils disparus est inconnu Ă  ce jour sans parler des dizaines de civils sahraouis assassinĂ©s par balles par les services de sĂ©curitĂ© marocains (chiffres au 26 fĂ©vrier 2022). Cela est aggravĂ© par l’interdiction aux observateurs internationaux, aux mĂ©dias et aux organisations de dĂ©fense des droits de l’Homme d’accĂ©der, d’enquĂŞter et de voir la rĂ©alitĂ© de la situation". En rĂ©action Ă  l’Ă©vocation du "Hirak" algĂ©rien, l’ambassadeur Larbaoui a fait remarquer que le "Hirak est un mouvement populaire et demeure une preuve tangible de la maturitĂ© de la sociĂ©tĂ© algĂ©rienne et de son engagement Ă  contribuer au dĂ©veloppement du pays".

Par ailleurs et prenant Ă  tĂ©moin l’assistance, l’ambassadeur marocain s’est interrogĂ© sur les raisons de la fermeture des frontières entre nos deux pays. AussitĂ´t, l’ambassadeur Larbaoui a relatĂ© les faits qui ont Ă©tĂ© Ă  l’origine de la fermeture des frontières. Pour rafraĂ®chir la mĂ©moire du reprĂ©sentant marocain, qui semblait en Ă©tat d’hallucination dĂ©sespĂ©rĂ©, c’est Ă  la suite de l’attentat Ă  l’hĂ´tel Atlas-Asni Ă  Marrakech en 1994 que le Maroc avait Ă  l’Ă©poque accusĂ© Ă  tort l’AlgĂ©rie et avait convoquĂ© des centaines d’AlgĂ©riens aux commissariats locaux, demandant Ă  tous les ressortissants algĂ©riens se trouvant au Maroc de quitter le pays dans un dĂ©lai de 48 heures. Le Maroc avait Ă©galement dĂ©cidĂ© d’imposer le visa aux ressortissants algĂ©riens. Appliquant la règle de la rĂ©ciprocitĂ©, l’AlgĂ©rie a dĂ©cidĂ© l’instauration du visa aux Marocains et, en prime, la fermeture de la frontière terrestre entre les deux pays, laquelle servait en 1994 de transit pour les armes Ă  destination des terroristeset pour le trafic de la drogue. Cette session du SĂ©minaire sur la dĂ©colonisation a Ă©tĂ© une Ă©nième occasion, ratĂ©e pour l’ambassadeur marocain, Omar Hilale, d’Ă©viter de se donner en spectacle, si ce n’Ă©tait son audace qui cache une incompĂ©tence diplomatique reconnue, un delirium extrĂŞme et le degrĂ© zĂ©ro de discernement

Par : LAKHDARI BRAHIM

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