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Edition du 22 Juillet 2021



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Affaire "pegasus"
Le Maroc continue Ă  faire de l’espionnage au profit d’IsraĂ«l
22 Juillet 2021

Le Maroc est empĂȘtrĂ© dans une nouvelle affaire d’espionnage, prenant pour cible des journalistes marocains et des professionnels de mĂ©dias Ă©trangers Ă  l’aide d’un logiciel israĂ©lien, confirmant ainsi des informations rĂ©currentes sur une collaboration avec IsraĂ«l dans le domaine de l’espionnage remontant Ă  60 ans.

"Pagasus" dans lequel il a dĂ©montrĂ© comment un programme censĂ© lutter contre le terrorisme Ă©tait massivement utilisĂ© pour surveiller les sociĂ©tĂ©s civiles par plusieurs pays, dont le Maroc. Une enquĂȘte internationale de 6 mois rĂ©unissant 17 mĂ©dias, dont Le Monde, montrent que Pegasus est massivement utilisĂ© pour surveiller les sociĂ©tĂ©s civiles. Depuis 2016, 50.000 tĂ©lĂ©phones ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s comme cibles, un millier en France, notamment pour le compte du Maroc. Hommes politiques, avocats, militants et journalistes sont les premiĂšres victimes. C’est un annuaire ahurissant, dans lequel se trouve un chef d’État et deux chefs de gouvernement europĂ©ens, des dizaines de dĂ©putĂ©s de l’opposition d’un pays africain, des princes et des princesses, des chefs d’entreprise, quelques milliardaires, des ambassadeurs, des gĂ©nĂ©raux. Et puis, aussi et surtout, des centaines de journalistes, d’avocats, de militants des droits de l’Homme. Depuis sa crĂ©ation, en 2011, l’entreprise israĂ©lienne NSO vend son logiciel comme un outil destinĂ© uniquement Ă  la lutte contre le terrorisme.

Or, l’analyse des donnĂ©es consultĂ©es par Le Monde et ses partenaires montre que, pour une grande partie des clients de NSO, terrorisme et grand banditisme ne constituent qu’une infime partie des utilisations. En France comme dans les pays qui ont achetĂ© l’accĂšs Ă  ce logiciel espion, c’est aussi et surtout la sociĂ©tĂ© civile qui est visĂ©e : des athlĂštes, des prĂȘtres et des imams, des journalistes, des youtubeurs, des avocats. A la suite des rĂ©vĂ©lations sur Pegasus, beaucoup de journalistes, d’ ommes politiques, d’hommes d’affaires et de militants se demandent si leur smartphone a pu ĂȘtre surveillĂ© par les États qui en sont clients : le Maroc, la Hongrie, BahreĂŻn, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, la Hongrie, et plusieurs autres pays. AuMaroc, les numĂ©ros de nombreux journalistes marocains ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s comme cibles potentielles par le logiciel en question.

Les listes de numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone sĂ©lectionnĂ©s comme des cibles potentielles dans l’outil de NSO par plus eurs de ses clients, que l’organisation Forbidden Stories et Amnesty International ont partagĂ© avec dix-sept rĂ©dactions, dont Le Monde, confirment qu’un service de sĂ©curitĂ© marocain a utilisĂ© Pegasus pour viser, de maniĂšre systĂ©matique, des journalistes critiques du pouvoir, et des dirigeants des grandes rĂ©dactions du pays. Les journalistes marocains ne sont pas les seuls Ă  intĂ©resser les services de renseignement du royaume. Une trentaine de journalistes et de patrons de mĂ©dias français figurent sur la liste des cibles de Pegasus. En Inde, depuis 2016, une trentaine d journalistes indiens ont Ă©tĂ© espionnĂ©s Ă  travers leurs smartphones grĂące au mĂȘme logiciel. Au moins 25 reporters mexicains sont aussi sur les listes. Parmi les numĂ©ros ciblĂ©s figurent les grandes rĂ©dactions du pays, ainsi qu’un correspondant du New York Times. En Hongrie, la sociĂ©tĂ© civile est Ă©galement sous contrĂŽle. Hommes d’affaires et patrons de presse figurent parmi les 300 numĂ©ros ciblĂ©s pour le compte de Budapest, bien qu’elle nie les faits.

La France réagit

Le parquet de Paris a ouvert mardi une enquĂȘte sur l’espionnage de journalistes français dont l’infiltration de tĂ©lĂ©phones par le logiciel Pegasus pour le compte de l’État marocain, a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© dimanche par un consortium de mĂ©dias. Cette enquĂȘte a Ă©tĂ© ouverte pour une longue liste de dix infractions dont "atteinte Ă  la vie privĂ©e", "interception de correspondance", "accĂšs frauduleux" Ă  un systĂšme informatique et "association de malfaiteurs". Elle fait suite Ă  la plainte dĂ©posĂ©e par le site Mediapart, dont deux journalistes ont Ă©tĂ© espionnĂ©s, Ă  laquelle doit s’ajouter une plainte similaire de Le Canard EnchaĂźnĂ©. L’enquĂȘte vise Ă©galement d’autres infractions d’atteintes Ă  un systĂšme informatique, telles que l’introduction, l’extraction et la transmission frauduleuses de donnĂ©es, qui peuvent ĂȘtre potentiellement reprochĂ©es aux utilisateurs de Pegasus. Elle concerne aussi la "mise Ă  disposition et dĂ©tention d’un Ă©quipement" permettant des atteintes Ă  un systĂšme de donnĂ©es et "l’offre et la vente sans autorisation d’un dispositif de captation de donnĂ©es", qui visent cette fois potentiellement la commercialisation du logiciel et les intermĂ©diaires impliquĂ©s. Plusieurs mĂ©dias dont

Le Monde, le Guardian et le Washington Post ont rĂ©vĂ©lĂ© dimanche que le fondateur de Mediapart Ewdy Plenel et la journaliste de son mĂ©dia LĂ©naĂŻg Bredoux avaient Ă©tĂ© espionnĂ©s par les services secrets marocains. Le Canard EnchaĂźnĂ©, lui, aurait Ă©tĂ© visĂ© notamment Ă  travers son ancienne collaboratrice Dominique Simmonnot, aujourd’hui contrĂŽleure gĂ©nĂ©rale des lieux de privation de libertĂ©, qui a Ă©galement annoncĂ© qu’elle allait saisir personnellement la justice. Les investigations ont Ă©tĂ© confiĂ©es Ă  l’Office central de lutte contre la criminalitĂ© liĂ©e aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC). Selon l’enquĂȘte publiĂ©e dimanche par un consortium de 17 mĂ©dias internationaux, le logiciel Pegasus, Ă©laborĂ© par l’entreprise sioniste NSO Group, aurait permis d’espionner les numĂ©ros d’au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits humains ou encore 65 chefs d’entreprise de diffĂ©rents pays.

Le logiciel espion Pegasus, introduit dans un smartphone, permet d’en rĂ©cupĂ©rer les messages, photos, contacts et mĂȘme d’Ă©couter les appels de son propriĂ©taire. Ces rĂ©vĂ©lations ont suscitĂ© l’indignation dans le monde entier d’organisations de dĂ©fense des droits humains, de mĂ©dias e de dirigeants politiques. NSO, rĂ©guliĂšrement accusĂ© de faire le jeu de rĂ©gimes autoritaires, assure que son logiciel sert uniquement Ă  obtenir des renseignements contre des rĂ©seaux criminels ou terroristes. Le travail menĂ© par les 17 mĂ©dias, dont les quotidiens français Le Monde, britannique The Guardian et amĂ©ricain The Washington Post, se fonde sur une liste obtenue par le rĂ©seau basĂ© en France Forbidden Stories et l’ONG Amnesty International. Elle compte, selon eux, = 50.000 numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone sĂ©lectionnĂ©s par les clients de NSO depuis 2016 pour une surveillance potentielle.

Par : LAKHDARI BRAHIM

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