Mohammed ben Salmane (MBS), le prince hĂ©ritier d’Arabie saoudite a "validĂ©" l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018, affirment les services de renseignement amĂ©ricains dans un rapport publiĂ© vendredi. "Nous sommes parvenus Ă la conclusion que le prince hĂ©ritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane a validĂ© une opĂ©ration Ă Istanbul, en Turquie, pour capturer ou tuer le journaliste saoudien Jamal Khashoggi", Ă©crit la direction du renseignement national dans ce court document dĂ©classifiĂ© de quatre pages.
"Le prince hĂ©ritier considĂ©rait Khashoggi comme une menace pour le royaume et plus largement soutenait le recours Ă des mesures violentes si nĂ©cessaire pour le faire taire", ajoute-t-elle. MBS "contrĂ´lait tout" Le rapport souligne que le prince hĂ©ritier disposait depuis l’annĂ©e 2017 d’un "contrĂ´le absolu" des services de renseignement et de sĂ©curitĂ© du royaume, "rendant très improbable l’hypothèse que des responsables saoudiens aient pu conduire une telle opĂ©ration sans le feu vert du prince". Les services de renseignement amĂ©ricains supposent par ailleurs que, Ă l’Ă©poque de l’assassinat de Jamal Khashoggi, Mohammed ben Salmane faisait rĂ©gner un climat tel que ses collaborateurs n’osaient vraisemblablement pas remettre en question les ordres reçus, "par crainte d’ĂŞtre renvoyĂ©s ou arrĂŞtĂ©s". Les États-Unis ont donc publiquement accusĂ© MBS d’avoir "validĂ©" l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, au risque d’une crise entre les deux pays alliĂ©s. La Maison Blanche a annoncĂ© que des "mesures" seraient dĂ©voilĂ©es dans la foulĂ©e, sans plus de prĂ©cisions. Le PrĂ©sident Biden, qui avait jugĂ©, avant son Ă©lection en novembre, que le royaume du Golfe devait ĂŞtre traitĂ© comme un État "paria" pour cette affaire, a tentĂ© de dĂ©miner le terrain en appelant jeudi au tĂ©lĂ©phone le roi Salmane pour la première fois depuis son arrivĂ©e Ă la Maison Blanche. S’il a mis l’accent sur "les droits humains universels et l’État de droit", il a aussi adressĂ© un satisfecit au monarque pour la rĂ©cente libĂ©ration de plusieurs prisonniers politiques. Et il a Ă©voquĂ© "l’engagement des États-Unis Ă aider l’Arabie saoudite Ă dĂ©fendre son territoire face aux attaques de groupes pro-Iran", selon la prĂ©sidence amĂ©ricaine. Ni Washington ni Ryad n’ont mentionnĂ©, dans leur compte-rendu de ce appel, le rapport dĂ©classifiĂ© potentiellement explosif pour leurs relations bilatĂ©rales. Moment de vĂ©ritĂ© Critique du pouvoir saoudien après en avoir Ă©tĂ© proche, Jamal Khashoggi, rĂ©sident aux États-Unis et chroniqueur du quotidien Washington Post, avait Ă©tĂ© assassinĂ© le 2 octobre 2018 dans le consulat de son pays Ă Istanbul par un commando d’agents venus d’Arabie saoudite. Son corps, dĂ©membrĂ© sur place, n’a jamais Ă©tĂ© retrouvĂ©. Après avoir niĂ© l’assassinat, Ryad avait fini par dire qu’il avait Ă©tĂ© commis par des agents saoudiens ayant agi seuls. A l’issue d’un procès opaque en Arabie saoudite, cinq Saoudiens ont Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă mort et trois condamnĂ©s Ă des peines de prison. les peines capitales ont depuis Ă©tĂ© commuĂ©es. Cette affaire a durablement terni l’image du jeune prince hĂ©ritier, vĂ©ritable homme fort du royaume rapidement dĂ©signĂ© par des responsables turcs comme le commanditaire du meurtre malgrĂ© les dĂ©nĂ©gations saoudiennes.
Le SĂ©nat des États-Unis, qui avait dĂ©jĂ eu accès aux conclusions des services de renseignement amĂ©ricains, avait aussi jugĂ© dès 2018 que le prince Ă©tait "responsable" du meurtre. Mais Mike Pompeo, alors secrĂ©taire d’État de Donald Trump, avait lui affirmĂ© que le rapport de la CIA ne contenait "aucun Ă©lĂ©ment direct liant le prince hĂ©ritier Ă l’ordre de tuer Jamal Khashoggi". "J’ai sauvĂ© sa peau" Et l’ex-PrĂ©sident rĂ©publicain n’avait jamais voulu publier ce rapport ni blâmer publiquement Mohammed ben Salmane, pour prĂ©server l’alliance avec Ryad, pilier de sa stratĂ©gie anti-Iran, premier exportateur mondial de pĂ©trole brut, et gros acheteur d’armes amĂ©ricaines. Les photos de Mike Pompeo, tout sourire, aux cĂ´tĂ©s de MBS avaient apportĂ© de l’eau au moulin des dĂ©tracteurs de la diplomatie trumpiste, accusĂ©e d’avoir couvert l’assassinat. "J’ai sauvĂ© sa peau", a d’ailleurs reconnu, aprè coup, le milliardaire rĂ©publicain auprès du journaliste amĂ©ricain Bob Woodward. L’administration Trump avait Ă©mis des sanctions Ă l’encontre d’une douzaine de responsables saoudiens subalternes. Alors qu’elle laisse planer la menace de nouvelles mesures punitives, l’administration Biden n’a pas pour l’instant confirmĂ© qu’elle Ă©tait prĂŞte Ă aller jusqu’Ă sanctionner le prince. La publication du rapport "est un pas important vers la transparence, et la transparence est, comme souvent, un Ă©lĂ©ment pour que les responsables rendent des comptes", a dĂ©clarĂ© jeudi le porte-parole de la diplomatie amĂ©ricaine Ned Price.
"Il s’agit d’un crime, comme je l’ai dĂ©jĂ dit, qui a choquĂ© les consciences. Nous serons en mesure, bientĂ´t, de parler de mesures pour que les responsables rendent des comptes." Le gouvernement amĂ©ricain a d’ores et dĂ©jĂ prĂ©venu que Joe Biden entendait "recalibrer" sa relation avec Ryad, en ne parlant qu’au roi et non au prince, interlocuteur privilĂ©giĂ© de Donald Trump, et en mettant l’accent sur les droits humains. Il a aussi mis fin au soutien amĂ©ricain Ă la coalition militaire, dirigĂ©e par les Saoudiens, qui intervient dans la guerre au YĂ©men, et tente de renouer le dialogue avec l’Iran, grand ennemi rĂ©gional de l’Arabie saoudit.