Henri Pouillot, militant français anticolonialiste, critique le rapport de l’historien Benjamin Stora remis Ă Emmanuel Macron le 20 janvier 2021.
"Je considère que ce rapport minimise complètement l’ampleur des crimes commis tant pendant la pĂ©riode coloniale que pendant la Guerre de LibĂ©ration de l’AlgĂ©rie", Ă©crit Henri Pouillot dans une lettre au chef d’Etat français publiĂ©e par El Watan et Mediapart. "Ce rapport Ă©voque, certes, la violence lors de la conquĂŞte de l’AlgĂ©rie, et durant les annĂ©es du XIXe siècle, mais semble beaucoup minimiser les enfumades, les rĂ©pressions, les exĂ©cutions sommaires qui se sont poursuivies, fĂ©roces, Ă chaque contestation des effets de la barbarie du colonialisme", ajoute ce militant, auteur du livre "Mon combat contre la torture".
"Les crimes oubliĂ©s" Il reproche Ă l’historien Benjamin Stora, de n’avoir pas Ă©voquĂ© "la discrimination terrible"des deux collèges "oĂą les voix des ‘indigènes’ comptaient dix fois moins que celle des pieds-noirs et des convertis au catholicisme". "Certes, dans les grandes villes (Oran, Alger, Constantine…), les indigènes pouvaient moins difficilement avoir accès Ă l’enseignement public, mais dans les campagnes, Ă quelques exceptions près, seuls les pieds-noirs pouvaient aller Ă l’Ă©cole", rappelle-t-il. Selon Henri Pouillot, Stora a Ă©voquĂ© certains crimes comme de "simples exactions". "Parmi les crimes oubliĂ©s, les plus criants sont : les viols, les crevettes Bigeard, les exĂ©cutions sommaires (correspondant aux nombreux disparus Ă©voquĂ©s), l’utilisation du gaz Vx et Sarin, les villages rasĂ©s au napalm (entre 600 et 800 ), les camps d’internement, pudiquement appelĂ©s camps de regroupement (Le rapport Rocard, rĂ©alisĂ© avant la fin de la Guerre, qui minimise cet aspect, Ă©value cependant aux alentours de 200.000 morts)", dĂ©taillet- il. "Le crime de Charonne occultĂ©"
Il relève que Stora a occultĂ© les violences policières commises le 8 fĂ©vrier 1962 Ă la station de mĂ©tro Charonne Ă Paris, contre des manifestants qui dĂ©nonçaient l’OAS (Organisation armĂ©e secrète) et qui rĂ©clamaient la libĂ©ration de l’AlgĂ©rie. Sur ordre du prĂ©fet de police Maurice Papon, les policiers ont rĂ©primĂ© dans le sang cette manifestation organisĂ©e par des partis de gauche. Huit personnes ont trouvĂ© la mort. Pour Henri Pouillot, il s’agit d’un crime d’Etat. "Les saisies, censures de journaux et revues ne sont pas Ă©voquĂ©es, pas plus que les rĂ©pressions des manifestations (presque toutes interdites) rĂ©clamant la paix en AlgĂ©rie, souvent brutalement rĂ©primĂ©es. Le rĂ´le de l’OAS est notoirement sousestimĂ©", note-t-il. "Des crimes odieux comme ceux des SS allemands" S’adressant Ă Emmanuel Macron, Henri Pouillot Ă©crit : "Par rapport aux archives, il est scandaleux, malgrĂ© les engagements que vous aviez pris lors de votre dĂ©placement chez Josette Audi (en septembre 2018), de favoriser leur accès, que des dĂ©crets très rĂ©cents restreignent considĂ©rablement, de fait, leur consultation". L’AlgĂ©rie, pour rappel, rĂ©clame la restitution totale des archives.
Le militant anti colonialiste estime que "la reconnaissance et la condamnation des crimes contre l’humanitĂ©, crimes d’Etat, crimes de guerre comme la torture, les viols, les essais nuclĂ©aires du Sahara, le massacre de centaines d’AlgĂ©riens Ă Paris le 17 octobre 1961…commis au nom de la France, et la dĂ©signation des responsabilitĂ©s doivent ĂŞtre très claires". "Nombreux de ces crimes sont aussi graves, odieux, que ceux commis par les SS (Schutzstaffel allemande) pendant la Seconde guerre mondiale, et ils doivent ĂŞtre traitĂ©s de la mĂŞme façon", Ă©crit-il Et de poursuivre : "Sans ce geste fort (pas seulement la reconnaissance de l’assassinat sous la torture de Maurice Audin par l’armĂ©e), il ne sera pas possible de faire le deuil de ces abominables crimes, d’autant plus pour un pays comme la France qui tente de se prĂ©senter comme la patrie des Droits de l’homme".