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Edition du 24 Janvier 2021



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Pour les historiens Algériens
Le rapport Stora doit "interpeller la classe politique française
24 Janvier 2021

Un effort de vérité est demandé aux plus hautes instances françaises appelées à reconnaître les crimes commis en Algérie pendant 132 ans en son nom, plusparticulièrement entre 1945 et 1962.

Le dernier rapport de l’historien Benjamin Stora sur la colonisation et la guerre de LibĂ©ration nationale interpelle en premier l’ensemble de laclasse politique française pour qu’elle se "rĂ©concilie avec sa propre mĂ©moire". Il ne s’agit pas d’une "nouvelle version" de l’histoire" de la colonisation française en AlgĂ©rie, mais plutĂ´t d’un "Ă©tat des lieux mĂ©moriel", selon des historiens algĂ©riens. Dans un entretien Ă  l’APS, l’historien Mohammed Ould Si Kaddour El-Korso estime que le rapport de Benjamin Stora, remis mercredi au PrĂ©sident français Emmanuel Macron, "avant d’ĂŞtre une feuille de route pour des nĂ©gociations sur des sujets sensibles entre l’AlgĂ©rie et la France dans la perspective d’une future rĂ©conciliation pas seulement mĂ©morielle, mais aussi politique, stratĂ©gique, scientifique, Ă©conomique, culturelle, etc., interpelle d’abord l’ensemble de la classe politique française Ă se rĂ©concilier avec sa propre mĂ©moire".

"Un effort de vĂ©ritĂ© est demandĂ© aux plus hautes instances françaises appelĂ©es Ă  reconnaĂ®tre les crimes commis pendant 132 ans en son nom, plus particulièrement entre 1945 et 1962. Le mĂŞme effort est demandĂ© aux citoyens français qui doivent d’abord se rĂ©concilier avec leur propre mĂ©moire", poursuit l’historien, considĂ©rant que la "guerre des mĂ©moires est d’abord une guerre entre mĂ©moires françaises". De son cĂ´tĂ©, le sociologue et historien Hassan Remaoun souligne que ce rapport correspond Ă  la commande faite par le PrĂ©sident Macron et "il ne s’agit pas de l’Ă©laboration d’une nouvelle version de l’histoire de la colonisation française en AlgĂ©rie et de la guerre de LibĂ©ration nationale, mais plutĂ´t de la prĂ©sentation d’un Ă©tat des lieux mĂ©moriel et des retombĂ©es que cela suscite dans les relations francoalgĂ©riennes", dont l’objectif est "d’assumer le lourd contentieux lĂ©guĂ© dans ce domaine par l’histoire et d’apaiser autant que possible les mĂ©moires de tous les concernĂ©s", a-t-il ajoutĂ©, affirmant que Benjamin Stora "a essayĂ© de jouer un rĂ´le de facilitateur en proposant des voies et moyens susceptibles, notamment du cĂ´tĂ© français, d’aller dans cette voie".

Sur la question de la reconnaissance de la France de ses crimes commis durant la pĂ©riode coloniale en AlgĂ©rie, Hassan Remaoun soutient que des "excuses ou une repentance des Français ne rendraient pas justice Ă  tout ce que notre peuple a subi", mĂŞme si, estime-t-il, "une reconnaissance des crimes commis nettement affirmĂ©e pourrait contribuer Ă  l’apaisement des relations entre les deux peuples". "Franchement, je pense que nous avons lavĂ© l’offense coloniale en libĂ©rant de haute main notre pays et que notre honneur est sauf. C’est dĂ©sormais l’honneur des Français qui est en jeu face aux crimes que les colonialistes ont fait peser sur leur conscience. Passer Ă  la phase de la demande du pardon ou de l’acte de reconnaissance des crimes coloniaux commis se fera lorsqu’ils se sentiront prĂŞts pour un pareil acte de courage! ", a dĂ©clarĂ© l’historien Ă  l’APS. Pour Mohammed El-Korso, le rapport Stora constitue une "avancĂ©e, par rapport aux positions de la classe politique françaisequi ont prĂ©valu au lendemain du recouvrement de la souverainetĂ© nationale de l’AlgĂ©rie et qui prĂ©dominent jusqu’Ă  ce jour au niveau de certains cercles qui font preuve d’une grande crispation dĂ©s qu’il s’agit de de la colonisation de l’AlgĂ©rie et de guerre de LibĂ©ration nationale".

Il ajoute que ce rapport n’a Ă©tĂ© possible que parce que les AlgĂ©riens "n’ont jamais cessĂ© depuis l’occupation, en passant par le mouvement national, la Proclamation du Premier Novembre et l’exercice de leur souverainetĂ©, de revendiquer le droit imprescriptible Ă  leur Histoire d’oĂą l’ancien colonisateur les a exclut, leur causant un prĂ©judice irrĂ©mĂ©diable". La justesse de cette revendication, "ignorĂ©e puis minorĂ©e, semble prendre le chemin qui est le sien grâce Ă  une prise de conscience" des PrĂ©sidents de la RĂ©publique française depuis la fin des annĂ©es 90", souligne l’historien. "MĂŞme s’il ne sous-estime pas la complexitĂ© d’une pareille question, Stora, luimĂŞme, considère qu’une avancĂ©e pourrait ĂŞtre possible, comme il y a pu en avoir quelques-unes dans le passĂ©", a dĂ©clarĂ© M. Remaoun, ajoutant que le rapport aux mĂ©moires n’implique pas seulement les Ă©tats mais aussi "des segments très diversifiĂ©s dans chacune des sociĂ©tĂ©s concernĂ©es, avec des opinions parfois très clivantes dans chacun des pays concernĂ©s".

L’historien Hassan Remaoun estime que l’Ă©mergence de nouvelles gĂ©nĂ©rations qui "renouvellent les questionnements et les projets de sociĂ©tĂ©, et le travail d’accumulation des connaissances opĂ©rĂ© par les historiens Ă  partir de postures critiques et mĂ©thodologiquement fondĂ©es" peuvent prĂŞter Ă  l’optimisme et ce, mĂŞme si "les effets ne se font pas sentir dans l’immĂ©diatetĂ©". Ce qui explique, selon lui, le fait que l’apologie de la domination et de l’idĂ©ologie coloniale est partout battue en brèche. M. Remaoun pense Ă©galement qu’avancer dans la rĂ©solution des problèmes lĂ©guĂ©s par le passĂ© est "profitable pour les deux pays". Ala question de savoir s’il y a un profit Ă  tirer pour l’AlgĂ©rie de ce rapport sur la mĂ©moire, le professeur Hassan Remaoun a rĂ©pondu par l’affirmative, mais avec la condition de "ne pas considĂ©rer que le problème sera complètement rĂ©solu sans les questions de mĂ©moire", estimant qu’il faudra toujours "laisser du temps au temps, surtout avec un contentieux aussi lourd que celui lĂ©guĂ© par la colonisation et ses mĂ©faits".

L’AlgĂ©rie, affirme-t-il, "n’est malheureusemenpas la seule concernĂ©e par la question, mĂŞme si nous nous considĂ©rons et sommes considĂ©rĂ©s par d’autres comme un cas emblĂ©matique". Concernant les diffĂ©rents points soulevĂ©s dans le rapport Stora qui reflètent "le oint de vue français", selon Mohammed Ould Si Kaddour El-Korso, ce dernier considère qu’il y a "certes bien des questions qui sont passĂ©es Ă  la trappe et qui seront soulevĂ©es et dĂ©battues en leur temps par la partie algĂ©rienne". Hassan Remaoun pense, lui, que "d’importantes questions ont Ă©tĂ© posĂ©es dans ce texte et c’est le cas notamment pour celle portant sur les archives et la question de la reconnaissance de la tragĂ©diesubie par les AlgĂ©riens". Et de conclure que c’est une "nĂ©gociation qui est en cours et le tout est de savoir en fixer les objectifs et les Ă©tapes Ă  traverser. Il faudra de mĂŞme mobiliser toutes les ressources nĂ©cessaires pour la mener au mie x!", a-til suggĂ©rĂ©

Par : LAKHDARI BRAHIM

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