DĂ©fendu par le cabinet Shearman & Sterling, l’État algĂ©rien a dĂ©finitivement obtenu gain de cause dans l’affaire qui l’opposait au groupe Orascom Telecom Holding (OTH), autrefois actionnaire de Djezzy, dĂ©tenu par le milliardaire Ă©gyptien Naguib Sawiris, a indiquĂ© un communiquĂ© publiĂ© par le cabinet d’avocats.
"Le 17 septembre 2020, une commission ad hoc a rejetĂ© la demande d’annulation dĂ©posĂ©e contre la sentence rendue en faveur du gouvernement algĂ©rien dans un diffĂ©rend avec la sociĂ©tĂ© luxembourgeoise Orascom TMT Investments (Orascom TMTI), sociĂ©tĂ© dĂ©tenue et contrĂ´lĂ©e par le milliardaire Ă©gyptien Naguib Sawiris", selon le mĂŞme communiquĂ©. La sentence rendue en mai 2017 par un tribunal arbitral international constituĂ© sous l’Ă©gide du Centre international pour le règlement des diffĂ©rends relatifs aux investissements (CIRDI), avait rejetĂ© la rĂ©clamation de 4 milliards de dollars de Sawiris Orascom TMTI contre l’AlgĂ©rie, dans son intĂ©gralitĂ©, la jugeant irrecevable et abusive, prĂ©cise la mĂŞme source. Le tribunal avait Ă©galement ordonnĂ© Ă Orascom TMTI de supporter les frais de la procĂ©dure ainsi que 50% des frais et dĂ©penses de l’AlgĂ©rie. L’actionnaire direct Ă©gyptien de l’OTA, Orascom Telecom Holding (OTH), a intentĂ© une procĂ©dure d’arbitrage devant la Commission des Nations Unies pour le droit commercial international (CNUDCI), rĂ©clamant 16 milliards de dollars, contre l’AlgĂ©rie au sujet du mĂŞme diffĂ©rend qui a Ă©tĂ© rĂ©glĂ© en 2014, a rappelĂ© le cabinet d’avocats dans le mĂŞme communiquĂ©.
Ce règlement a Ă©tĂ© conclu après trois ans de nĂ©gociations très complexes, Ă la suite desquelles le Fonds national d’investissement algĂ©rien (FNI), un fonds d’investissement stratĂ©gique contrĂ´lĂ© par l’État algĂ©rien, a signĂ© un accord d’achat d’actions liĂ© Ă l’acquisition d’une participationde 51% dans OTA, pour une contrepartie d’achat de 2,643 milliards de dollars. Orascom TMTI, ancien actionnaire indirect d’OTH, a fait valoir que le règlement de 2014 n’avait pas eu d’incidence sur sa procĂ©dure parallèle et distincte. A ce propos, le cabinet d’avocats a rappelĂ© qu’après cinq ans de procĂ©dure, le tribunal arbitral a conclu que la demande de l’OTMTI Ă©tait irrecevable et a jugĂ© qu’il n’Ă©tait pas possible d’exercer sa compĂ©tence sur le litige. Le tribunal a Ă©galement conclu que, compte tenu des circonstances entourant les demandes de M. Sawiris, la poursuite de l’OTMTI Ă©quivalait à «un abus du système de protection des investissements ». En consĂ©quence, le tribunal a ordonnĂ© Ă Oracsom TMTI, qui avait dĂ©jĂ engagĂ© 20 millions de dollars en frais et dĂ©penses juridiques, de payer l’intĂ©gralitĂ© des frais de procĂ©dure et de rembourser 50% des dĂ©penses de l’AlgĂ©rie, engagĂ©es dans le cadre de l’arbitrage, ce qui a coĂ»tĂ© Ă la sociĂ©tĂ© 3,5 millions de dollars supplĂ©mentaires, souligne le mĂŞme communiquĂ©.
En septembre 2017, Orascom TMTI a dĂ©posĂ© une demande d’annulation partielle de la sentence, demandant l’annulation des parties de la sentence relatives Ă la recevabilitĂ© et aux dĂ©penses. Orascom TMTI a fait valoir que le tribunal avait manifestement outrepassĂ© ses pouvoirs, s’Ă©tait sĂ©rieusement Ă©cartĂ© d’une règle de procĂ©dure fondamentale et n’avait pas motivĂ© la sentence. Par dĂ©cision du 17 septembre 2020, une commission ad hoc du CIRDI, constituĂ©e pour entendre la demande d’annulation, prĂ©sidĂ©e par le juge de la CIJ Peter Tomka, a rejetĂ© la demande d’annulation d’Orascom TMTI et condamnĂ© Orascom TMTI Ă supporter les frais de la procĂ©dure d’annulation, s’Ă©levant Ă 755.000 $, prĂ©cise le cabinet d’avocats Shearman & Sterling. Emmanuel Gaillard, avocat principal de l’AlgĂ©rie et qui dirige le dĂ©partement d’arbitrage international de Shearman & Sterling, dĂ©clare: "Nous sommes extrĂŞmement heureux de cette dĂ©cision. Tout d’abord, nous sommes ravis pour l’AlgĂ©rie.
L’AlgĂ©rie n’a jamais Ă©tĂ© vaincue dans aucune des affaires d’arbitrage en matière d’investissement dont elle est saisie. Nous sommes Ă©galement extrĂŞmement heureux que le comitĂ© ait confirmĂ© la dĂ©cision historique du tribunal, qui aidera les futurs tribunaux arbitraux Ă contrĂ´lerle comportement abusif de certains investisseurs qui engagent des procĂ©dures arbitrales parallèles Ă diffĂ©rents niveaux d’une chaĂ®ne d’entreprises intĂ©grĂ©e en relation avec le mĂŞme diffĂ©rend". Yas Banifatemi qui dirige le dĂ©partement droit international public chez Shearman & Sterling, a dĂ©clarĂ© : "La dĂ©cision du comitĂ© est très bien motivĂ©e, en particulier en ce qui concerne le concept de recevabilitĂ©. Le comitĂ© confirme que le fait de tirer des règles d’irrecevabilitĂ© des principes du droit international, des pouvoirs inhĂ©rents du tribunal et / ou de l’objet de l’arbitrage en matière d’investissement constitue un exercice lĂ©gitime de la fonction du tribunal. C’est une confirmation très apprĂ©ciĂ©e des pouvoirs des tribunaux d’investissement et de leur rĂ´le dans le dĂ©veloppement du droit des investissements".