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Edition du 16 Septembre 2020



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Essais nucléaires
La France appelĂ©e Ă  collaborer avec l’AlgĂ©rie
16 Septembre 2020

Deux experts français en désarmement ont appelé, avant-hier dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, le Gouvernement français à collaborer avec les autorités algériennes, afin que soient retrouvées les matières radioactives enfouies dans le Sud algérien, en conséquence des 17 essais nucléaires effectués par la France.

"Plus de cinquante ans après le dernier essai nuclĂ©aire français au Sahara, le passĂ© nuclĂ©aire de la France ne doit plus rester enfoui dans les sables. Il est temps de dĂ©terrer les dĂ©chets provenant des 17 essais rĂ©alisĂ©s entre 1960 et 1966 par la France au Sahara, pour assurer la sĂ©curitĂ© sanitaire des gĂ©nĂ©rations actuelles et futures, prĂ©server l’environnement et ouvrir une nouvelle ère des relations entre l’AlgĂ©rie et la France", plaident Patrice Bouveret et Jean-Marie Collin. Rappelant qu’une "prise en compte des dĂ©gâts environnementaux et sociaux" a eu lieu en PolynĂ©sie, oĂą des essais nuclĂ©aires français ont eu lieu et un "travail de rĂ©paration a Ă©tĂ© entrepris", les deux experts dĂ©plorent le fait que l’AlgĂ©rie n’ait pas bĂ©nĂ©ficiĂ© du mĂŞme traitement. Ils relèvent que la prĂ©sence sur les sites des essais de matĂ©riel contaminĂ© par la radioactivitĂ© "volontairement enterrĂ©" et de matières radioactives (sables vitrifiĂ©s, roches contaminĂ©es) issues des explosions nuclĂ©aires prĂ©sentes Ă  l’air libre reste un sujet "tabou" en France.

Cette prĂ©sence engendre des "risques sanitaires importants pour les populations locales, les gĂ©nĂ©rations futures, tout comme pour l’environnement", mettent en garde les deux experts qui ont rĂ©alisĂ© une Ă©tude (publiĂ©e par la Fondation Heinrich Böll et disponible en ligne sur Icanfrance.org), qui dresse un remier inventaire de l’ensemble de ces dĂ©chets, radioactifs ou non, abandonnĂ©s par la France. L’Ă©tude a Ă©tĂ© Ă©laborĂ©e sur la base de tĂ©moignages, de visites de terrain et de recueil de documents, dont un rapport classĂ© "confidentiel dĂ©fense", versĂ© aux archives du ministère français de la DĂ©fense. "Avec l’adoption Ă  l’ONU, par l’AlgĂ©rie et 121 autres Etats, le 7 juillet 2017, du TraitĂ© sur l’interdiction des armes nuclĂ©aires (TIAN), la question des expĂ©rimentations nuclĂ©aires françaises trouve une raison supplĂ©mentaire de sortir du dĂ©ni", estiment Patrice Bouveret et Jean- Marie Collin.Le TIAN, en plus des interdictions créées (emploi, fabrication, menace, assistance, financement...), a la "particularitĂ© de prendre en compte les consĂ©quences des expĂ©rimentations nuclĂ©aires et d’introduire des obligations positives avec ses articles 6 (assistance aux victimes et remise en Ă©tat de l’environnement) et 7 (coopĂ©ration et assistance internationales)", notent ces deux experts. Observant que l’entrĂ©e en vigueur du TIAN est proche, Ă©tant ratifiĂ© par 44 Etats sur les 50 minimaux requis, ils soulignent que la France doit fournir Ă  l’AlgĂ©rie "l’aide technique" et "l’apport d’informations sur les zones oĂą elle a enterrĂ© les dĂ©chets" et rendre, ainsi, "pleinement possible" la mise en oeuvre des diffĂ©rentes obligations du traitĂ©. Les deux experts considèrent, que "l’opposition frontale de la France au TIAN ne peut pas ĂŞtre un argument pour conserver encore plus longtemps des donnĂ©es susceptibles de mettre un terme Ă  unproblème humanitaire". "De plus, cela serait un contresens au processus de ‘rĂ©conciliation entre les peuples français et algĂ©rien, selon les mots du prĂ©sident Emmanuel Macron, font-ils remarquer. "Comment ce travail mĂ©moriel pourrait il laisser de cĂ´tĂ© plusieurs dizaines de milliers d’AlgĂ©riens (...)

qui ont participĂ© (ndlr: Ă  leur corps dĂ©fendant) Ă  cette sombre aventure atomique et qui en subis¬sent encore les effets ?", s’interrogent-ils. Patrice Bouveret et Jean-Marie Collinnotent que si la mise en oeuvre de certaines mesures dans le cadre de cette collaboration "nĂ©cessitera du temps" (expertise radiologique, Ă©tude sanitaire sur le risque transgĂ©nĂ©rationnel), "d’autres peuvent ĂŞtre engagĂ©es sur simple dĂ©cision politique". Ainsi, la ministre française des ArmĂ©es "peut rapidement transmettre aux autoritĂ©s algĂ©riennes la liste des zones d’enfouissement des dĂ©chets", recommandent- ils, relevant que "cette demande est dĂ©sormais relayĂ©e par des dĂ©putĂ©s". De mĂŞme, certains critères de la loi Morin (relative Ă  la reconnaissance et Ă  l’indemnisation des victimes des essais nuclĂ©aires français) "doivent ĂŞtre revus, comme cela a Ă©tĂ© le cas en PolynĂ©sie, pour permettre enfin aux populations victimes (ndlr: en AlgĂ©rie) de dĂ©poser un dossier d’indemnisation", prĂ©conisent-ils. "Il est temps que la France ouvre ses archives et mette en oeuvre, de façon rapide, ces mesures pour sortir du dĂ©ni ce chapitre sur les essais nuclĂ©aires", concluent les deux experts.

Par : RAHIMA RAHMOUNI

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