Le Midi Libre - evénement - L’apocalypse Ă  Beyrouth
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Edition du 6 Aoűt 2020



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Au moins 100 morts et prés de 300.000 sans-abri
L’apocalypse Ă  Beyrouth
6 Aoűt 2020

Selon un dernier bilan approximatif et provisoire,au moins 100 morts à la double explosion survenue au port de Beyrouth. Plus de 4.000 autres sont blessées.

Beyrouth hier en fin d’après-midi, après deux explosions massives au hangar numĂ©ro 12 du port de la ville. De Dora, dans la banlieue nord de Beyrouth, jusqu’au port, l’autoroute est jonchĂ©e de dĂ©bris en tout genre. Le port lui-mĂŞme semble dĂ©vastĂ© dans des proportions dantesques. Les conteneurs ont explosĂ©, les gigantesques silos Ă  grains ont Ă©tĂ© soufflĂ©s, les grues sont Ă  terre. Au-dessus du port, dans un ballet sonore incessant de sirènes de pompiers et d’ambulances, les hĂ©licoptères tentaient, dans l’aprèsmidi, d’Ă©teindre l’incendie. Les opĂ©rations se poursuivaient encore tard en soirĂ©e. Sur les bords de la route, les badauds sont hagards. Patil, la vingtaine, tremble. Elle habite dans le quartier de la Quarantaine. « Pendant 15 minutes, on a vu de la fumĂ©e s’Ă©lever au port de Beyrouth, puis on a entendu les explosions, raconte-t-elle. Je me suis cachĂ©e dans la salle de bains, puis brusquement les vitres ont Ă©tĂ© soufflĂ©es. »

Elle a vu des gens blessĂ©s qui gisaient par terre. Certains dans un Ă©tat grave. Mohammad, la trentaine, est arrivĂ© sur les lieux du sinistre quelques secondes après les dĂ©flagrations. Il confie avoir fait la navette « entre les bâtiments voisins pour sortir des gens blessĂ©s ou tuĂ©s ». Avec l’aide d’autres volontaires, il a dĂ» Ă©vacuer une soixantaine de personnes dont une personne âgĂ©e « coincĂ©e au vingtième Ă©tage ». CĂ©line, 20 ans, se trouvait dans un restaurant près de la place Sassine au moment de l’explosion. « J’ai entendu un grand boum, confie-t-elle. J’ai cru que quelque chose Ă©tait tombĂ© d’un immeuble en construction. Puis j’a senti la terre trembler. J’ai alors compris que quelque chose d’anormal se passait. J’ai couru vers les toilettes, parce que j’ai eu peur que les vitres du restaurant n’explosent. J’avais tellement peur que je me suis mise Ă  hurler. J’avais vĂ©cu l’explosition qui avait eu lieu en 2013 (au centre-ville de Beyrouth, coĂ»tant la vie au ministre Mohammad Chatah, NDLR). Mais cette explosion est bien pire. Je ne voulais pas revivre cette mĂŞme peur. »

Pierre et Carole Ă©taient assis dans leur salon Ă  Sodeco, lorsqu’ils ont entendu un bruitassourdissant et ont senti la terre trembler. Ne comprenant pas ce qu’il se passait, Pierre s’est jetĂ© Ă  plat ventre sur le sol pour se protĂ©ger. « Lorsque j’ai vu la poussière, j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait d’une explosion », confie-t-il. Pendant ce temps, Carole a vu la poussière entrer par les fenĂŞtres tandis que le lustre dansait au-dessus de leur tĂŞte. Elle a juste eu le temps de se lever du fauteuil et de s’Ă©loigner de la fenĂŞtre. Elle Ă©tait dans un Ă©tat second, ne comprenant pas ce qu’il se passait. Puis elle a vu son mari au sol entourĂ© de dĂ©bris de verre et de cadres de fenĂŞtre. Ce n’est que quelques minutes plus tard, après avoir repris leurs esprits, qu’ils ont pu constater l’ampleur des dĂ©gâts dans l’immeuble.Beyrouth sinistrĂ©e C’est tout Beyrouth qui est sinistrĂ©e.

Les destructions les plus spectaculaires touchent surtout les quartiers limitrophes du port, notamment le entre-ville, SaĂŻfi, GemmayzĂ©, Achrafieh, Mar MikhaĂ«l, Bourj Hammoud et Dora. Des bâtiments sont soufflĂ©s. Des pans entiers de murs sont tombĂ©s. De certains immeubles couverts de paroi en verre, il ne reste plus que leur structure. Et partout, sur les trottoirs, dans les dĂ©combres, des blessĂ©s. Rapidement, les hĂ´pitaux sont dĂ©bordĂ©s et se voient contraints de refouler les blessĂ©s lĂ©gers, afin de garder des places pour ceux dans un Ă©tat grave. Le bilan s’annonce lourd. En soirĂ©e, le ministre de la SantĂ© Hamad Hassan annonçait un dernier bilan approximatif et provisoire de plus de soixante-dix morts. Plus de 3.000 personnes sont blessĂ©es.

Lors d’une tournĂ©e dans les hĂ´pitaux, il explique que les mĂ©dicaments qui se trouvaient Ă  la pharmacie centrale Ă  l’hĂ´pital de la Quarantaine, gravement atteint par l’explosion, sont en train d’ĂŞtre transfĂ©rĂ©s aux dĂ©pĂ´ts de l’Unrwa. M. Hamad prĂ©cise aussi que son ministère a demandĂ© Ă  l’Organisation mondiale de la santĂ© de lui dĂ©pĂŞcher un avion de mĂ©dicaments. Un appel a Ă©tĂ© adressĂ© Ă©galement au Qatar pour mettre en place des hĂ´pitaux de campagne. Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des KataĂ«b, grièvement atteint alors qu’il se trouvait dans son bureau au siège du parti Ă  SaĂŻfi, devait succomber Ă  ses blessures. Le dĂ©putĂ© Nadim Gemayel est lĂ©gèrement blessĂ©. Ă€ ÉlectricitĂ© du Liban, le directeur gĂ©nĂ©ral Kamal Hayek et des employĂ©s de l’office, blessĂ©s, Ă©taient toujours bloquĂ©s sous les dĂ©combres en soirĂ©e. Ă€ l’hĂ´pital Notre-Dame du Rosaire Ă  GemmayzĂ©, fortement endommagĂ© par l’explosion, une infirmière a succombĂ© Ă  ses blessures. HĂ´pitaux dĂ©bordĂ©s Devant l’HĂ´tel-Dieu endommagĂ© par l’explosion, c’est le chaos. Des gens vont et viennent et se mĂŞlent aux secouristes, visiblement dĂ©bordĂ©s. Certains cherchent leurs proches. L’air est empli du hurlement des sirènes des ambulances et des cris des proches des victimes.

Mohamma, la quarantaine, fume unecigarette avec un ami. « On a entendu dire qu’ils ont besoin de sang, nous sommes venus en donner. J’ai entendu un père hurler que son fils est dĂ©cĂ©dĂ©. » Quelques minutes plus tard, le père affligĂ© sort dans la rue. Il tombe Ă  terre, en pleurs. Trois hommes essaient, en vain, de le consoler. L’HĂ´tel-Dieu et le Centre mĂ©dical de l’UniversitĂ© libano-amĂ©ricaine – Clinique Rizk sont submergĂ©s. Et pour cause. Fortement endommagĂ©s, l’hĂ´pital libanais – JeĂŻtaoui et le Centre mĂ©dical universitaire – hĂ´pital Saint-Georges ne sont plus en mesure d’accueillir un grand nombre de blessĂ©s. Le Centre mĂ©dical universitaire – hĂ´pital Saint-Georges a transformĂ© le parking en hĂ´pital de campagne, pour les urgences. Scène de guerre. Les hĂ´pitaux du Chouf ont annoncĂ© en soirĂ©e qu’ils ouvraient leurs portes pour accueillir les blessĂ©s. Idem Ă  SaĂŻda oĂą des blessĂ©s ont Ă©tĂ© admis Ă  l’hĂ´pital Hammoud et au Centre mĂ©dical Labib. Des mĂ©decins ont de leur cĂ´tĂ© annoncĂ© qu’ils recevaient dans leur cabinet les cas bĂ©nins ayant besoin de traitements. Face Ă  l’apocalypse, la solidaritĂ© se met en branle. Les diffĂ©rents partis politiques appellent, eux, leurs partisans et sympathisants Ă  donner du sang. Dans les camps des rĂ©fugiĂ©s palestiniens Ă  SaĂŻda, des appels similaires sont lancĂ©s Ă  travers des haut-parleurs. Panique gĂ©nĂ©ralisĂ©e Dans les rues, les gens sont paniquĂ©s ou hagards. Nombreux sont ceux qui, dĂ©semparĂ©s, perdus,


courent dans tous les sens Ă  la recherche de leurs proches. Un homme de 70 ans, portant des sacs en plastique, raconte que lesouffle de l’explosion l’a « fait voler d’une pièce Ă  l’autre ». « Personne n’a Ă©tĂ© blessĂ© », dit-il, prĂ©cisant qu’il va passer la nuit chez sa fille Ă  Fanar,parce qu’il ne reste plus rien de sa maison. Sur le bord de la route, des voitures sont Ă©crasĂ©es, comme du papier mâchĂ©. Certaines ont Ă©tĂ© retournĂ©es par le souffle de l’explosion. Une Ă©trangère est assise sur l’asphalte, les bras lacĂ©rĂ©s par des bris de verre. Un homme arrive, la fait monter sur sa moto pour l’Ă©vacuer vers un hĂ´pital de la ville. Mais vers 21 heures, les hĂ´pitauxde Beyrouth avertissent les Ă©quipes de secours et la population qu’ils ne sont plus en mesure d’accueillir des victimes, leurs demandant de se diriger vers des Ă©tablissement hospitaliers en banlieue et dans les provinces. « Une vieille bâtisse vient de s’effondrer, les pompiers Ă©taient dedans. Elle s’est effondrĂ©e sur eux », lâche un militaire, qui semble perdu. Près de l’ancien immeuble de Touch, le toit d’une station-service s’est effondrĂ© sur un employĂ©. Tard en soirĂ©e, il Ă©tait toujours sous les dĂ©combres.

Plus loin, Ă  Mar MikhaĂ«l, un chauffeur de taxi ensanglantĂ© se tient toujours devant sa voiture. « On aurait dit une bombe atomique, dit-il. Je ne voyais plus rien. J’entendais des pierres s’Ă©craser sur le toit du vĂ©hicule. » Il attendait que l’un des membres de sa famille vienne l’accompagner au Akkar. Des propriĂ©taires de petits hĂ´tels, des Ă©coles et des couvents ont eux aussi annoncĂ© sur les rĂ©seaux sociaux qu’ils ouvraient leurs portes Ă  toute personne dont l’habitation a Ă©tĂ© endommagĂ©e et qui ne trouverait pas de place pour la nuit. Avant-hier soir, Beyrouth, et tout le Liban, Ă©tait chaos, sonnĂ©, par ce Ă©nième coup du so

Par : RAHIMA RAHMOUNI

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