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Edition du 14 Juillet 2020



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Entretien accordĂ© au journal françaisl’opinion
Tebboune remet les pendules Ă  l’heure
14 Juillet 2020

Abdelmadjid Tebboune ne va pas imiter son prĂ©dĂ©cesseur Abdelaziz Bouteflika. "Je ne compte pas m’Ă©terniser au pouvoir ", annonce-t-il dans une interview au quotidien français L’Opinion, parue hier lundi 13 juillet

"Je me suis portĂ© candidat Ă  la prĂ©sidentielle au nom de la sociĂ©tĂ© civile et des jeunes. Et je suis en train de construire des institutions, si le peuple les accepte, oĂą ces deux composantes seront majoritaires. Donc, je n’aurai pas besoin de parti et je ne compte pas, non plus, m’Ă©terniser au pouvoir », at- il dit, en rĂ©ponse Ă  la question s’« il allait crĂ©er une grande formation politique de la majoritĂ©". ? InterrogĂ© s’il allait faire un deuxième mandat, le prĂ©sident Tebboune n’a pas voulu s’exprimer, en laissant entendre que tout dĂ©pendra des rĂ©sultats de son premier mandat.

"En principe, j’ai Ă©tĂ© Ă©lu pour un seul mandat. D’ici la fin de ce mandat, j’espère obtenir une situation apaisĂ©e oĂą les problèmes sociaux et Ă©conomiques seront en partie rĂ©glĂ©s. C’est une transition qui ne dit pas son nom. Il faudrait d’autres conditions pour que je rĂ©flĂ©chisse Ă  une nouvelle candidature". En outre, le prĂ©sident Tebboune annonce la poursuite de la libĂ©ration des dĂ©tenus du hirak. "Ces gestes vont se poursuivre et visent Ă  l’apaisement », affirme M. Tebboune, en assurant que l’AlgĂ©rie « n’est pas entrĂ©e dans une phase de rĂ©pression". "C’est faux", a-t-il dit, en estimant que "l’opposition et la sociĂ©tĂ© civile sont indispensables. Seul un État fort et juste peut asseoir la dĂ©mocratie, le contraire amène l’anarchie et le chaos". Pour lui, "l’opposition ne doit pas se faire dans l’insulte, l’invective et l’appel au soulèvement". "Seul un État fort et juste peut asseoir la dĂ©mocratie, le contraire amène l’anarchie et le chaos",soutient-il.

Projet de révision de la Constitution

Le prĂ©sident de la RĂ©publique a Ă©voquĂ© le projet de rĂ©vision constitutionnelle, actuellement en dĂ©bat, et dĂ©fendu le rĂ©gime semi-prĂ©sidentiel proposĂ© dans la mouture de la Loi fondamentale. "Nous n’avons pas optĂ© pour un système purement parlementaire. Celui-ci poserait des problèmes de gestion de la dĂ©mocratie car cela nĂ©cessite une pratique sur des gĂ©nĂ©rations, voire des siècles", soutientil, en estimant que l’AlgĂ©rie est "encore une dĂ©mocratie en construction. Nous sommes sur le chemin d’une dĂ©mocratie responsable".

"La construction de bases militaires Ă  nos frontières doit s’arrĂŞter"

Le chef de l’État a appelĂ© le Maroc Ă  mettre fin Ă  ses projets de construction de bases militaires près de la frontière avec l’AlgĂ©rie, les qualifiant d’ " escalade". "La construction de bases militaires Ă  nos frontières est une forme d’escalade qui doit s’arrĂŞter ", a affirmĂ© le prĂ©sident de la RĂ©publique. Abdelamdjid Tebboune a rĂ©affirmĂ© que l’AlgĂ©rie n’avait aucun problème avec le Maroc. "En ce qui nous concerne, nous n’avons aucun problème avec le Maroc et sommes concentrĂ©s sur le dĂ©veloppement de notre pays", a-t-il affirmĂ©.

"Nos frères marocains ne semblent pas ĂŞtre dans le mĂŞme Ă©tat d’esprit ", a-t-il ajoutĂ©. "Pour eux, la RĂ©publique arabe sahraouie est de trop sur l’Ă©chiquier international. C’est Ă  eux d’engager le dialogue avec le Polisario. Si les Sahraouis acceptent leurs propositions, nous applaudirons », a expliquĂ© le prĂ©sident de la RĂ©publique qui a rappelĂ© que le soutien aux mouvements indĂ©pendantes est une constante. « C’est presque dogmatique", a-t-il dit.

Situation économique et investissements étrangers

Le prĂ©sident Abdelmadjid Tebboune a justifiĂ© le dernier remaniement ministĂ©riel par sa volontĂ© de relancer la machine Ă©conomique dans un contexte marquĂ© par une forte baisse des revenus issus des hydrocarbures. L’AlgĂ©rie a perdu 60 % de ses revenus pĂ©troliers, a expliquĂ© le chef de l’État, dans un entretien Ă  paraĂ®tre ce lundi 13 juillet dans le journal français L’Opinion. Mais il se montre optimiste :

« Les rĂ©serves de change sont estimĂ©es Ă  58 milliards de dollars, sans oublier les apports annuels des hydrocarbures estimĂ©s cette annĂ©e Ă  27 milliards de dollars, ce qui nous permet d’accomplir les rĂ©formes sereinement », a-t-il dit. Tebboune affirme que l’AlgĂ©rie a "combattula grande corruption". "La surfacturation nous coĂ»tait des dizaines de milliards par an. Et nous avons rĂ©duit le train de vie de l’État et de ses entreprises publiques. Ces Ă©conomies devraient reprĂ©senter 20 Ă  21 milliards de dollars Ă  la fin de l’annĂ©e ", a-t-il dĂ©taillĂ©. "Enfin, nous lançons de nouvelles productions comme l’exploitation du gisement de fer de Ghara Djbilat dans la wilaya de Tindouf et de zinc Ă  Oued Amizour dans la wilaya de Bejaia, auxquels s’ajoutent d’autres gisements Ă  l’Ă©tude. Cela nous permettra de rĂ©duire nos importations d’acier et d’autres produits dĂ©rivĂ©s mais aussi d’exporter de la matière première", a-t-il ajoutĂ©.

Privatisations ciblées

En plus des projets dans les mines, le chef de l’État veut relancer l’industrie pour rĂ©duire les importations dans plusieurs secteurs. "Dans la Loi de finances complĂ©mentaire de 2020, nous avons autorisĂ© l’importation d’usines de moins de cinq ans. Beaucoup d’unitĂ©s de production sont en train de mettre la clĂ© sous la porte en Europe. Elles peuvent avoir une seconde vie en AlgĂ©rie. Notre objectif est de fabriquer des produits finis", a-t-il dit. Selon lui, l’abrogation de la règle 51-49 va permettre d’attirer de nouveaux investissements Ă©trangers.

Le chef de l’État n’exclut pas des privatisations ciblĂ©es. "Nous Ă©tudierons, si nĂ©cessaire, l’ouverture du capital de certaines entreprises publiques", a-t-il dit, sans plus de prĂ©cisions. "Nous relançons aussi le port d’el- Hamdania, en banlieue d’Alger, en partenariatavec la Chine. Ce port permettra de ravitailler le pays et les pays enclavĂ©s d’Afrique. Nous prolongerons aussi notre chemin fer vers le Mali et le Niger pour offrir une voie alternative au transport par la route, via la trans-saharienne. Nous souhaitons dĂ©velopper la filière sidĂ©rurgie Ă  travers la production de rails. La relance l’Ă©conomie nous permettra d’accomplir les rĂ©formes politiques et dĂ©mocratiques" , a promis le prĂ©sident de la RĂ©publique. "Pour rassurer les investisseurs, nous allons interdire toute rĂ©glementation d’une durĂ©e de vie de moins de dix ans car l’instabilitĂ© des rĂ©glementations a nui Ă  l’essor des activitĂ©s", a-t-il conclu.

Tebboune dit ses vérités à la France-

Le prĂ©sident Abdelmadjid Tebboune dit ses vĂ©ritĂ©s Ă  la France et pose une condition pour la relance des relations entre les deux pays. "L’AlgĂ©rie est incontournable pour la France, et la France l’est pour l’AlgĂ©rie", dit-il d’emblĂ©e dans cette entretien au quotidien français. Pour lui, la question mĂ©morielle est au coeur de la refondation des relations entre les deux pays. Un sujet qu’il a Ă©voquĂ© avec son homologue français EmmanuelMacron. "Nous avons Ă©voquĂ© cette question avec le prĂ©sident Macron. Il connaĂ®t bien les Ă©vènements qui ont marquĂ© notre histoire commune. L’historien Benjamin Stora a Ă©tĂ© nommĂ© pour accomplir ce travail mĂ©moriel du cĂ´tĂ© français. Il est sincère etconnaĂ®t l’AlgĂ©rie et son histoire, de la pĂ©riode d’occupation jusqu’Ă  aujourd’hui. Nous allons nommer son homologue algĂ©rien dans les 72 heures", indique-t-il. Le PrĂ©sident algĂ©rien ajoute que "ces deux personnalitĂ©s travailleront directement sous notre tutelle respective » « Nous souhaitons qu’ils accomplissent leur travail dans la vĂ©ritĂ©, la sĂ©rĂ©nitĂ© et l’apaisement pour rĂ©gler ces problèmes qui enveniment nos relations politiques, le climat des affaires et la bonne entente".

Le prĂ©sident Tebboune est donc clair : le règlement de la question mĂ©morielle estindispensable pour la relance des relations Ă©conomiques entre les deux pays. "Il faut affronter ces Ă©vènements douloureux pour repartir sur des relations profitables aux deux pays, notamment au niveau Ă©conomique", insiste-t-il, en qualifiant de "grand pas"la restitution rĂ©cente des crânes de rĂ©sistants algĂ©riens contre l’invasion française.Il estime que "d’autres crimes mĂ©ritent d’ĂŞtre racontĂ©s, comme la prise de l’oasis de Zaatcha oĂą les troupes françaises du gĂ©nĂ©ral Emile Herbillon ont massacrĂ© lescombattants du cheikh Bouziane ». Il cite aussi le marĂ©chal de Saint-Arnaud qui a « aussi perpĂ©trĂ© de nombreux massacres, qui ont fait plus de victimes qu’Ă  Oradour-sur- Glane". "Beaucoup d’historiens français traitent ces Ă©vènements historiques en toute honnĂŞtetĂ©. Une fois ces problèmes de mĂ©moires dĂ©passĂ©es, nous pourrons avancer avec beaucoup de sĂ©rĂ©nitĂ© », estime le prĂ©sident Tebboune, en rappelant que « la France vient de perdre sa première place de pays fournisseur de l’AlgĂ©rie". "Mais ce n’est pas irrĂ©versible", assure-t-il. Le prĂ©sident Tebboune assure que "les AlgĂ©riens tiennent beaucoup plus Ă  la reconnaissance de l’État français de ses actes qu’Ă  une compensation matĂ©rielle".

"La seule compensation envisageable est celle des essais nuclĂ©aires. Les sĂ©quelles sont encore vives pour certaines populations, notamment atteintes de malformations", tranche-t-il. Pour M. Tebboune, le chemin vers un avenir radieux entre l’AlgĂ©rie et la France est plus que "tortueux", pointant des "lobbies minoritaires mais très dangereux qui essaient de saper le travail" du prĂ©sident Macron. Plus prĂ©cisĂ©ment, il met en cause des « personnes revanchardes connues pour leur anti-algĂ©rianitĂ©, qui "pensent toujours que l’AlgĂ©rie a Ă©tĂ© bradĂ©e et n’a pas Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e, que le gĂ©nĂ©ral de Gaulle est un traĂ®tre". "Il existe aussi un conglomĂ©rat hĂ©tĂ©roclite qui pense que l’AlgĂ©rie ne doit pas Ă©merger et ĂŞtre tenue sous haute surveillance, en la maintenant dans une certaine faiblesse pour l’empĂŞcher d’influer sur son environnement. C’est contre nature", assène le prĂ©sident de la RĂ©publique. Tout en rappelant que l’AlgĂ©rie "a souffert", il affirme qu’il "ne se laissera plus caporaliser par quiconque". "Les Romains y sont restĂ©s des siècles. Les Espagnols sont ensuite venus, puis les Turcs au nom du califat, et enfin des Français. Nous sommes aujourd’hui libres et entendons le rester".

Par : RAHIMA RAHMOUNI

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