Le Midi Libre - Supplément Magazine - « Les lois ne sont pas toujours appliquĂ©es »
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Professeur Lamara Mahamed Amer, médecin de travail, Au Midi Libre
« Les lois ne sont pas toujours appliquées »
26 Septembre 2012

Le mĂ©decin de travail a pour rĂ´le de veiller sur la santĂ© du salariĂ© pour dĂ©terminer l’aptitude mĂ©dicale de ce dernier. Il peut Ă©galement permettre de dĂ©pister une maladie professionnelle (ou Ă  caractère professionnel rĂ©sultant de son activitĂ©) et des maladies dangereuses pour l’entourage. Le Professeur Lamara Mahamad Amer, specialiste dans le domaine, nous explique les perspectives et les contraintes relatives Ă  cette spĂ©cialitĂ©.

Midi Libre : Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la santĂ© en milieu professionnel ?
Pr Lamara M. A. : La santĂ© en milieu professionnel est une spĂ©cialitĂ© qui va s’occuper de la santĂ© du travailleur et va veiller Ă  la sauvegarde de celle-ci. Pourquoi ? Parce qu’en milieu du travail, on peut rencontrer beaucoup de nuisances qui peuvent altĂ©rer la santĂ© des travailleurs si on ne prend pas les prĂ©cautions adĂ©quates.
Quelles sont ces
mesures et précautions à prendre ?
Ces précautions vont agir sur deux volets, à savoir :
Premier volet : sur les conditions de travail, comme les améliorer afin de permettre aux employés de travailler dans un milieu favorable.
Deuxième volet : veiller sur le suivi mĂ©dical du travailleur. Dès qu’un symptĂ´me en relation directe avec son travail apparaĂ®t, prendre le patient en charge convenablement ; ce que le mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste peut ne pas dĂ©tecter.
Ainsi, une personne qui travaille avec de la silicose risque de tomber malade. En effet, la silicose est une maladie pulmonaire provoquĂ©e par l’inhalation de ces particules. La personne qui travaille avec l’amiante ou des produits de l’amiante court un grand risque de dĂ©velopper un mĂ©sothĂ©liome. En milieu hospitalier, les prestataires de la santĂ© risquent d’ĂŞtre contaminĂ©s par les maladies infectieuses.
Quelles sont les
spécialités dans la santé du travail ?
Vous avez les hygiĂ©nistes industriels qui interviennent avec les ingĂ©nieurs de sĂ©curitĂ©, les ergonomes, les psychologues du travail, les sociologues ... donc c’est tout un monde et chacun analyse une facette du travail.
Dispose-t-on vraiment en Algérie de suffisamment de médecins de travail ?
Au jour d’aujourd’hui, il y a plus de 1.600 mĂ©decins de travail, et cela fait plus de 30 ans qu’on forme des mĂ©decins de travail .
Y a-t-il une loi pour encadrer la médecine du travail ?
Bien entendu, la loi existe mais malheureusement, comme toutes les lois en AlgĂ©rie, elle n’est pas appliquĂ©e Ă  100%. Il y a beaucoup d’entreprises qui viennent et signernt avec nous des conventions, mais après on constate un manque de suivi par rapport Ă  l’objet.
Quelles sont
les raisons de
ce manque de suivi ?
Parce que, d’abord, il y a une contrainte pour l’employeur. En effet, ce dernier, quand il vient vous voir, il doit prendre une journĂ©e et surtout il ne veut pas que le mĂ©decin dĂ©couvre qu’il souffre d’une maladie qui est en relation directe avec son travail, car il risque de perdre ce poste. En plus, l’autre obstacle Ă  la mĂ©decine du travail c’est la convention qui date depuis plus de 30 ans. Cette convention est tarifĂ©e Ă  100 DA la consultation et cela c’est un vĂ©ritable scandale, parce que cette somme symbolique ne reprĂ©sente absolument rien. Lorsqu’on prend en charge une entreprise publique, nous sommes perdant sur le plan pĂ©cuniaire et l’argent doit revenir Ă  l’Etat, et lorsqu’on prend en charge une unitĂ© privĂ©e, alors lĂ  on est doublement perdant parce qu’il s’agit d’une entreprise privĂ©e et parfois Ă©trangère qui se fait de l’argent en AlgĂ©rie et qui ne paye pas au tarif rĂ©el la mĂ©decine du travail. Dans la mĂ©decine du travail, il y a le coĂ»t des consultations et il y a aussi le coĂ»t des Ă©valuations des nuisances.
Comment arrive-t-on à évaluer les nuisances ?
Si on veut Ă©valuer les nuisances en milieu du travail, il faut un sonomètre qui coĂ»te 60 million de centimes et ce n’est pas avec 100 DA de consultation par personne qu’on peut s’offrir cet instrument, et je rappelle que dans le temps, l’Organisation nationale de mĂ©decine du travail, qui a existĂ© en AlgĂ©rie jusqu’n 1974, prenait 0,5% de la masse salariale et avec cette somme, elle pouvait acheter des Ă©quipements et matĂ©riels mĂ©dicaux parce que la mĂ©decine du travail c’est aussi un matĂ©riel surtout pour l’Ă©valuation de ces nuisances. Il faut Ă©valuer la tempĂ©rature, le bruit, l’intensitĂ© de la lumière et chacune de ces nuisances a un appareil qui lui correspond et qui coĂ»te très cher, car gĂ©nĂ©ralement achetĂ© Ă  l’Ă©tranger.
Un dernier mot…
Pour terminer, il faut qu’il y ait une sensibilisation de tous nos confrères pour faire comprendre aux travailleurs ce qu’est le bien-fondĂ© de la mĂ©decine du travail. Ce qu’il faut rappeler est que mĂŞme les mĂ©decins sont concernĂ©s puisque leur santĂ© peut s’altĂ©rer. Ils ont donc un rĂ´le Ă  jouer puisque la prise en charge de la santĂ© d’un citoyen c’est une chaĂ®ne mĂ©dicale et de solidaritĂ© et aussi bien les corps mĂ©dical que paramĂ©dical sont concernĂ©s par la prise en charge de la santĂ© du citoyen en gĂ©nĂ©ral et du travailleur en particulier.

Par : Ourida Ait Ali

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