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Edition du 21 Septembre 2011



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A cause d’une malheureuse paire de chaussures !
21 Septembre 2011

Plus que quelques mois et Driss et Hayat se marieront. Tous les deux Ă©taient encore Ă©tudiants, mais comme ils s’aimaient et que leurs parents avaient les moyens de faire face aux dĂ©penses d’une fĂŞte, ils s’Ă©taient dit qu’il n’y avait pas lieu de reculer le bonheur suprĂŞme que pouvait procurer une vie conjugale.

Hayat, dans un premier temps, vivrait chez ses beaux-parents qui ont une grande villa, puis avec son mari, ils aviseraient. De toutes les manières, ils Ă©taient jeunes tous les deux et avaient le temps de voir les choses venir. Les deux tourtereaux avaient fini tous les prĂ©paratifs : ils avaient achetĂ© une belle chambre Ă  coucher, une tĂ©lĂ© Ă  Ă©cran plat qu’ils avaient placĂ©e dans leur chambre ainsi qu’un bureau… ou plutĂ´t un secrĂ©taire en bois massif et un climatiseur. La location de la salle des fĂŞtes oĂą la cĂ©rĂ©monie de mariage devait avoir lieu Ă©tait payĂ©e ainsi que les gâteaux et tout le repas de la fĂŞte. MĂŞme la voiture de la mariĂ©e Ă©tait rĂ©servĂ©e. Il ne manquait qu’une… paire de chaussures assortie au costume que porterait Driss le jour «j» et la nuit «n». Driss avait toujours achetĂ© ses vĂŞtements et ses chaussures en un temps record. Très souvent en fin d’après midi, Ă  la sortie de l’universitĂ©. Il n’Ă©tait pas difficile du tout : l’essentiel est qu’il soit habillĂ© de manière convenable pour un Ă©tudiant en mĂ©decine. Mais ce jour-lĂ , Ă  quelques mois de son mariage, Hayat, sa future Ă©pouse, lui tĂ©lĂ©phona pour lu demander ce qu’il avait l’intention de faire le lendemain et dès qu’elle eut appris qu’il comptait acheter une paire de chaussures, elle lui dit :
- Ah ! Il faut que je vienne avec toi ! Le costume est d’une très grande facture, il serait malheureux de lui enjoindre une paire de chaussures quelconque qui risquerait de l’amoindrir. C’est moi qui te la choisirai…
- Euh… Non… S’il te plaĂ®t, Hayat… je prĂ©fère acheter cette paire de chaussures tout seul.
- Tu ne veux pas que je sorte avec toi ?
- Si, mais sortir juste pour sortir pas pour acheter quelque chose. Tu te rappelles la dernière fois lorsque nous avons acheté la parure en or ? Nous avons passé une semaine à vadrouiller à Alger pour finalement en acheter une juste devant ton domicile.
- Nous avons passĂ© une semaine Ă  chercher une parure parce qu’il s’agissait de dĂ©bourser une grosse somme alors que lĂ , il s’agit d’une paire de chaussures. Si au bout de quelques jours, tu dĂ©couvres qu‘elle ne te plaĂ®t pas, tu la mets de cĂ´tĂ© c’est tout. Le lendemain, tout se passa comme le craignait Driss. Ils Ă©taient entrĂ©s dans une dizaine de magasins de chaussures sans qu’ils ne soient parvenus Ă  se dĂ©cider. A chaque fois qu’une paire plaisait au jeune homme, sa fiancĂ©e l’en dissuadait. Comme il commençait Ă  avoir la tĂŞte qui tournait, il dĂ©cida d’inviter sa fiancĂ©e Ă  dĂ©jeuner dans une pizzeria. Mais celle-ci refusa l’invitation.
- Ah ! Non, je ne veux pas que tu te dises que tu n’as pas achetĂ© de chaussures Ă  cause de moi… Il n’est que 11h30, on fait encore un ou deux magasins, Driss.
- Non, Hayat… Nous allons acheter cette foutue paire de chaussures dans le premier magasin de chaussures que nous rencontrons. De toutes les manières, personne ne fera attention à mes chaussures. Tous les regards seront braqués sur la mariée.
- Oui, c’est vrai…
Le magasin suivant se trouvait Ă  la rue Didouche-Mourad. Driss entra le premier et Hayat le suivit. Au fond du magasin, un jeune vendeur somnolait. Ce qui incita Hayat Ă  chuchoter Ă  l’oreille de Driss :
- Ce magasin est nul. Tellement personne n’y entre, le vendeur s’est endormi..
- Tais-toi, Hayat, lui rĂ©pondit Driss Ă  voix basse… Il pourrait t’entendre et se vexer… Les gens sont très susceptibles de nos jours, tu sais…
- D’accord… je me tais…
Driss parcourut des yeux le contenu des étagères et dut fournir un effort pour ne pas siffler en raison des prix affichés : la paire la moins chère valait 4.000 DA.
Voyant que Driss hésitait, le jeune vendeur lui demanda :
- Je peux vous aider, mon frère ?
- Oui, pourquoi pas ? J’ai envie d’acheter une paire de chaussures…
- Ah ! ça, je le sais… mais des chaussures à porter avec un Jean, un costume… ?
- Un costume sombre pour un mariage.
- Pour un mariage… j’ai une très belle paire... Attendez, je vais vous la ramener…
Le jeune vendeur disparut un moment dans l’arrière-boutique et lui ramena une paire de chaussures noires.
Dès que Hayat l’eut vue, elle chuchota Ă  l’oreille de son fiancĂ© :
- Il te prend pour un plouc ! Un beggar ! Il te ramène de l’arrière-boutique une chaussure dont personne n’a voulu et il espère te la vendre.
Le jeune vendeur répliqua alors.
- Madame, vous ĂŞtes mĂ©chante ! Vous auriez pu dire que cette paire de chaussures ne vous plaisait pas… c’est votre droit mais sans me prĂŞter des intentions que je n’ai pas.
Driss n’aimait pas les problèmes mais comme tous les AlgĂ©riens, quand il s’Ă©nerve il se transforme en volcan, il regarda Hayat.
- S’il te plaĂ®t, Hayat, calme-toi… et laisse-moi discuter avec le monsieur… Moi, elle me plaĂ®t cette paire de chaussures… 4.500 DA, c’est un peu cher mais elle fait l’affaire.
Loin de se calmer Hayat revint Ă  la rescousse :
- Ça y est, Driss, il t’a eu ! il t’a fourguĂ© sa camelote ?
Là, le vendeur vit rouge et répondit à Hayat :
- C’est toi qui es une camelote !
Et cette fois-ci, c’Ă©tait Driss qui vit rouge. Tout en gardant la paire de chaussures Ă  la main il dit Ă  sa fiancĂ©e :
- Sors d’ici…
- Pourquoi ?
- Sors je te dis ! Il t’insulte et tu veux que je le laisse faire ? Sors et rentre Ă  la maison.
Le vendeur qui bouillonnait comme une cocote minute bouscula alors Driss en lui lançant : «Sors d’ici, toi aussi, ordure !». Driss chancela, parvint Ă  garder son Ă©quilibre et riposta en frappant au visage le vendeur avec les chaussures qu’il tenait toujours fortement comme s’il avait rĂ©alisĂ© qu’elles lui serviraient d’armes.
Au moment où Hayat sortait, elle aperçut Mouloud, un copain de son mari.
- Mouloud ! Mouloud ! Viens vite… Driss a des problèmes avec un vendeur indélicat et agressif.
- Quoi ? Driss a des problèmes ? Où est-il ?
- Dans le magasin ?
Mouloud entra dans le magasin au moment oĂą le vendeur repartait Ă  l’attaque avec un balai. Le coup de balai alla dans le vide mais le coup de tĂŞte de Driss envoya le vendeur contre les Ă©tagères. Et aussitĂ´t, des dizaines de chaussures se retrouvèrent par terre. Et voilĂ  qu’un second vendeur se trouvant Ă  l’intĂ©rieur de l’arrière-boutique sortit avec un Ă©norme tournevis. Driss en voyant le tournevis et l’arcade sourcilière en sang du vendeur rĂ©alisa soudain qu’il Ă©tait en train de commettre une bĂŞtise. Il saisit son copain par le bras et lui lança : «Ne restons pas lĂ .» Mouloud avant de s’en aller eut le temps de balancer le balai Ă  la face du second vendeur. Puis, il emboĂ®ta le pas Ă  son ami. Les deux jeunes gens s’Ă©taient dit que la course poursuite durerait seulement quelques mètres mais quelle ne fut leur surprise de voir le second vendeur s’Ă©chiner Ă  courir derrière eux en criant : «Au voleur ! Au voleur !» Les deux fuyards arrivèrent Ă  la rue Asselah Hocine (en dessous de la Grande Poste ) oĂą des policiers les arrĂŞtèrent enfin. Ce n’est qu’Ă  ce moment-lĂ  que Driss comprit pourquoi le vendeur n’arrĂŞtait pas de hurler «Au voleur ! Au voleur !» : Il avait toujours Ă  la main la paire de chaussures Ă  4.500 DA !
La semaine dernière, Driss et son ami Mouloud se sont retrouvĂ©s au tribunal d’Alger pour coups et blessures suivis de vol. Le procureur gĂ©nĂ©ral a requis contre eux cinq ans de prison ferme.
Le verdict final sera prononcĂ© dans les jours Ă  venir. Si la peine est confirmĂ©e, le mariage de Driss et Hayat n’aura pas lieu dans quelques mois mais dans quelques annĂ©es.

Par : Kamel AZIOUALI

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