NĂ© en 1956 Ă Jijel, en petite Kabylie, un huit janvier 1958, Abdelwehab Mokrani fut Ă©lève de l’Ecole nationale des Beaux-arts d’Alger durant trois annĂ©e avant de rejoindre l’Ecole supĂ©rieure des Beaux-arts de Paris, de 1976 jusqu’en 1982. Il participa Ă une première exposition collective Ă la foire internationale d’Alger en 73, puis en 80 dans l’enceinte de l’Ă©cole mĂŞme. DiplĂ´mĂ©, et dĂ©sormais pĂ©tris dans l’art, il devint pensionnaire de la Villa Abdeltif Ă Alger. Vite, il est invitĂ© en rĂ©sidence pour une annĂ©e Ă la CitĂ© internationale des Arts Ă Paris. Sa première exposition personnelle, il l’organisa au centre culturel de la wilaya d’Alger en 1981. Jusqu’en 1998, ses toiles n’ont pas quittĂ© les cimaises des galeries. En 1990, la Galerie Issiakhem (aujourd’hui, Isma) exposait ses toiles et ses dessins exĂ©cutĂ©s pour « Vision du retour de Khadidja Ă l’opium », un recueil de poĂ©sies d’Amin Khan. Deux ans plus tard, les Centres Culturels Français d’AlgĂ©rie prĂ©sentaient Ă leur tour ses illustrations pour « Le Voyage », un poème de Charles Baudelaire. Du centre socioculturel GĂ©rard Philipe en 1982, le Château de Chaudon, en 1993, il ira de salles en salles, de ville en ville jusqu’Ă Ă la bibliothèque Anatole France en 1998 en passant par la galerie George Bernanos. Il participa Ă une dizaine d’expositions collectives qui le menèrent de la galerie du centre culturel de la wilaya d’Alger, passant par le musĂ©e Picasso d’Antibes, l’Exposition universelle de SĂ©ville… Jusqu’Ă la galerie Nadjet Ovadia de Nancy.
Encline au gris et au sombre, sa peinture ne connait de couleurs que rarement. Il dit qu’il peignait son paysage intĂ©rieur, telles qu’Ă©taient ses Ă©tats d’âmes, et si elles reflĂ©taient l’ambiance extĂ©rieurs, elles ne seraient que moroses car, dit-il, la situation n’est jamais propice Ă l’art. Aussi dès 1997, il prit son barda et se fixa Ă Paris après avoir tentĂ© ce qui Ă©tait possible ici en AlgĂ©rie, en pĂ©riode d’inculture et de terreur, de surcroit. Il dut partir comme la plupart des artistes sont partis, la conjoncture l’y contraignant, emportant avec lui sa palette comme seule arme de combat comme seule pitance, son oxygène de survie, tel qu’il aimait Ă le prĂ©ciser, dans un exil dĂ©routant, dĂ©shumanisant.
Il se refuse d’ĂŞtre ce peintre des occasions, celui que l’on ressort pour tel ou tel Ă©vĂ©nement, un objet d’ornement en quelque sorte. Dans sa pĂ©riode d’exil en France, son statut de rĂ©fugiĂ© dont on usait Ă mauvais escient a plus gĂŞnĂ© son esprit d’artiste dilettante et dĂ©sintĂ©ressĂ© qu’excitĂ© l’enclin somme toute lĂ©gitime du gain facile. Lui il se veut autre, indĂ©pendant, exposant quant il le veut et quand il le peut car, avoue-t-il, il n’est guère prolifique et souvent se retrouve-t-il Ă court de toiles. Son indĂ©pendance, n’a d’Ă©gale que sa sincĂ©ritĂ© et celle de son art, un art expurgĂ© des fioritures, sains. Une symbiose, une fusion nĂ©e d’un enchevĂŞtrement de traits au premier jet obtenant en final ces silhouettes, ces formes informes qui pourtant laissent transparaitre un pouls, une vie ! Lui, parle de figures humaines, constantes, omniprĂ©sentes dans chacune de ses esquisses mĂŞme si ces Ĺ“uvres parlent âmes tourmentĂ©es quand le mouvement qui en ressort montre le degrĂ© de vie de ses ĂŞtres Ă deviner.
Toujours insatisfait, Ă la quĂŞte du singulier, de l’insolite , recherche et prospection, oscillant entre peinture Ă l’huile et autres formes et supports, c’est dans le papier qu’il Ă©tale avec panache son savoir faire avec un ajout de sincĂ©ritĂ© et d’attouchement « Je suis tactile et charnel, caressant » dit-il pour argumenter son amour pour ce produit rĂŞche et chaud qu’est le papier.
Fixer un visage sur une feuille, une toile. Graver la face humaine de l’homme en tĂ©moin indĂ©lĂ©bile, y dessiner de sa mine sombre une expression qui relate son Ă©tat d’âme… L’homme, ou de la femme plutĂ´t, demande Ă la PsychĂ©: - Miroir mon beau miroir, suis-je belle ? « En fait, moi, je peins la rĂ©ponse: l’image qu’il renvoie »
Ni soumis, ni assujetti, Mokrani ne passe pas son temps Ă rechercher des dates d’exposition. Il dessine et peins par Ă -coup, comme le dit si bien Lounis Ait Menguellet « la crĂ©ation vient au bon vouloir de l’inspiration. Il apprĂ©cie Rambrant comme Bendaoud pour le clair obscur, la pĂ©riode semi abstraite de Belanteur et de Hocine Ranouh, mais surtout Issiakhem qui lui inspire ces formes tourmentĂ©es qui lui hantent l’esprit, MaĂ®tre qu’il a connu de son vivant et a qui il a rendu hommage dans une expos particulière Ă laquelle l’a sollicitĂ© le MusĂ©e national des Beaux arts.
Mokrani se dĂ©fend d’ĂŞtre sous l’influence d’une Ă©cole, tout en s’enorgueillant de prendre un peu de chacune. « Quand on copie un auteur c’est du plagiat, quand on copie plusieurs, c’est de la recherche, dit Courteline ». Electron libre, que ce soit dans le choix du style, du thème ou de la palette, Il dit s’intĂ©resser au simple dĂ©tail de la vie de tous les jours, Ă une situation anodine, un fait banal… Tout cela compose le terreau dont il s’inspire, son matĂ©riau brut dont il en extrait la quintessence. Mystique ? Non, se refuse-t-il ! MĂŞme si les mots comme initiatique, spectres, silhouettes… reviennent dans ses langages et ses toiles, la peinture n’est-elle pas remplie de mystères ?
Après un retour en France à partir de 1997, Abdelwehab Mokrani vit et travaille à nouveau à Alger depuis 2004.
Par : N. B.