Le Midi Libre - Midi Centre - Les jouissances d’antan, au placard
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Edition du 11 Aoűt 2010



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Miliana durant l’Ă©tĂ©
Les jouissances d’antan, au placard
11 Aoűt 2010

Ceux qui ont quittĂ© Miliana et sont revenus cet Ă©tĂ© afin d’Ă©vacuer le stress et oublier les soucis quotidiens ont Ă©tĂ© vite déçus car la ville vit au passĂ©.

RĂ©veillĂ©s au petit matin, le marchĂ© central, la grande poste et les cafĂ©s s’animent jusqu’Ă  midi, puis plus rien. Les gens rentrent chez eux et les rues redeviennent dĂ©sertes. La piscine des "Belles Sources", situĂ©e au quartier Hamama, alimentĂ©e directement par les nappes du Zaccar et qui faisait la joie des milliers d’enfants des centres de vacances s’est transformĂ©e en endroit abandonnĂ© et comme rejetĂ© par le sort. La locomotive qui se dresse Ă  l’entrĂ©e de la ville nous rappelle l’Ă©popĂ©e des activitĂ©s des mines du Zaccar qui employaient plus de 400 ouvriers ouvrant ainsi Ă  la ville des activitĂ©s commerciales soutenues. Assis sur un banc, un vieux Milianais nous parle des fĂŞtes et des rĂ©jouissances qui faisaient la renommĂ©e de la ville : " Ă©coutez, la grande FĂŞte des cerises qui drainait une foule considĂ©rable et qui durait sept jours et sept nuit est un lointain souvenir. Actuellement, on n’ose plus en parler car les cerises se font rares, faute de relève. Les quelques Ă©talages nous offrent de ces fruits Ă  peine mĂ»res Ă  des prix exorbitants ".Certes, l’APC avec la collaboration de la Direction des services agricoles a entrepris un grand plan de rĂ©novation qui reprĂ©sente 15 mille plants de cerisiers Ă  travers les rĂ©gions de Zougala, Hammama et les hauteurs de Sidi Medjahed. Qui aurait dit, qu’un jour, la ville " aux 24 sources " manquerait d’eau ... Zougala et ses vergers Ă©tagĂ©s qui approvisionnaient en fruits et lĂ©gumes toutes les rĂ©gions avoisinantes, ne sont plus que des terres en friche envahies par le bĂ©ton. MĂŞme certaines espèces n’existent plus comme le citron doux, les jujubes, les petites poires odorantes appelĂ©es "blanquettes", des variĂ©tĂ©s très recherchĂ©es de prunes (reine-claude, bersiane, mĂ©laissa, etc). Tout l’Ă©tĂ©, la zorna dirigĂ©e par Cheikh Brazi (très liĂ© avec Boualem Titiche) animait absolument toutes les fĂŞtes.
L’orchestre de la musique chaabie, prĂ©sent dans tous les mariages, a laissĂ© ses instruments accrochĂ©s au mur en guise de reliques. Les groupes folkloriques comme ceux de Relizane avec les fameux tromblons et de Sidi El Ghobrini de Cherchell, qui se succĂ©daient pour rendre visite au mausolĂ©e de Sidi Ahmed Benyoucef, patron de la ville, ont cessĂ© leur pèlerinage. Le cĂ©lèbre "Rekb" des Bani Farh qui attirait toutes les tribus de l’Ouarsenis et du Zaccar et mĂŞme des pèlerins venus d’autres wilayas et du Maroc, est devenus une simple journĂ©e de visite religieuse.
Miliana pourrait ĂŞtre fière avec ses 17 hotels, mais aujourd’hui, le seul hĂ´tel, classĂ© trois Ă©toiles, est très mal entretenu et ne reçoit que de très rares clients. Les structures d’accueil qui encouragent la visite de nombreux touristes pour admirer les sites historiques comme le musĂ©e, la manufacture d’armes de l’Emir, font dĂ©faut. Pour cette saison chaude, la vie ne reprend qu’en fin d’après-midi et des familles entières se rendent après dĂ®ner Ă  la place "Ali-Amar" pour veiller jusqu’Ă  des heures tardives de la nuit en dĂ©gustant des crèmes glacĂ©es ou des pâtes feuilletĂ©es chaudes. Les jeunes envahissent les cybers Ă  la recherche d’Ă©vasion et pour nouer de nouvelles amitiĂ©s avec des personnes d’outre mer. Un retraitĂ© nous signale encore : "Toutes les bonnes habitudes ont disparu. Pour les mariages, on nous invite pour manger rapidement et repartir ! Le repas et les gâteaux prĂ©parĂ©s par la maĂ®tresse de maison, l’animation, la convivialitĂ© sont devenus secondaires. Maintenant avec l’arrivĂ© du mois de Ramadhan, c’est la course folle pour les achats ". Deux heures du matin, seule l’horloge de la place Emir Abdelkader semble dĂ©fier le temps et les hommes et veille sur la ville endormie…

Par : Chems-Eddine Mourah

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