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Edition du 29 Novembre 2009



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Diktat et anarchie les jours de fĂȘte
29 Novembre 2009

Les AlgĂ©rois, depuis plusieurs annĂ©es ont appris Ă  vivre et Ă  subir passivement, durant les jours de fĂȘte, la dĂ©mission totale des commerçants de proximitĂ©. Inutile de chercher Ă  vous procurer la moindre baguette de pain, la grande majoritĂ© des boulangers prĂ©ferant laisser leurs rideaux baissĂ©s au mĂ©pris de toutes les lois du commerce. MĂȘme les pharmacies se mettent aux abonnĂ©s absents, il ne faut surtout pas tomber malade un jour de fĂȘte. En fait avant-hier, premier jour de l’AĂŻd, juste aprĂšs avoir procĂ©dĂ© aux sacrifices rituels, Alger Ă©tait pratiquement ville morte. Les femmes affairĂ©es aux cuisines pour le nettoyage fastidieux des abats tandis que les hommes retenaient leurs souffles, les sens exacerbĂ©s par les arĂŽmes allĂ©chants, promesses du futur festin, le signal de dĂ©part pour mettre en branle fourchettes et couteaux. Les enfants aprĂšs avoir versĂ© quelques larmes sur le mouton, compagnon de leurs jeux pendant quelques jours se joindront eux aussi Ă  la «zerda» gargantuesque. Il reste les autres : ceux qui n’ont pu acheter l’ovin de toutes les convitises, dont le plus famĂ©lique a Ă©tĂ© cĂ©dĂ© Ă  deux fois et demi le SNMG. Ceux-lĂ  se sont rabattus sur les boucheries, faisant le sacrifice d’une bonne partie de leurs salaires pour offrir des grillades ou un couscous Ă  la viande rouge Ă  leurs familles. Les bouchers ont bien sĂ»r profitĂ© de cette aubaine pour gonfler de façon indĂ©cente des prix dĂ©jĂ  prohibitifs. Mais les parents, quitte Ă  s’endetter, n’ont pas eu trop le choix afin de ne pas frustrer leurs enfants humant les arĂŽmes Ă©manant de chez le voisin. À 10h du matin, la veille de l’AĂŻd les Ă©tals des boucheries Ă©taient complĂštement vidĂ©es. À El-Biar une seule boucherie, proposait encore abats, viandes ovine et bovine. Une dame, son petit couffin vide Ă  la main, regarde longuement le prĂ©sentoir d’un regard vide avant de se dĂ©cider Ă  demander d’une toute petite voix le prix du foie de mouton, entre haut et bas l’un des vendeurs lui rĂ©pond : «1.800 D !». La dame observe encore un long moment d’hĂ©sitation, faisant peut-ĂȘtre un rapide calcul mental, puis se dĂ©cide enfin Ă  demander au serveur de lui peser trois petites tranches. Le commerçant, la toisant de toute sa hauteur, lui explique d’un ton tranchant que si "elle veut du foie il faut qu’elle prenne Ă©galement la mĂȘme quantitĂ© de cƓur". La dame estomaquĂ©e tentera de nĂ©gocier, mais le vendeur appellera Ă  la rescousse ses collĂšgues qui se chargeront d’expliquer Ă  la dame qu’elle n’avait qu’Ă  s’exĂ©cuter, accepter ce diktat ou laisser sa place aux autres acheteurs qui eux ne rechignent pas Ă  acheter le kit-abats complet : comprendre par lĂ  poumons, rate, foie et cƓur. RĂ©signĂ©e la dame quitera les lieux sans pouvoir ainsi avoir droit Ă  sa petite tranche de foie annuelle. Pas de pain, pas de viande, pas d’abats, bonne fĂȘte quand mĂȘme.

Par : Yamina Dounab

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